Comment étudier l'orientation en intérieur : ce que les gens remarquent, leurs difficultés et les éléments à mesurer

Découvrez les fondements scientifiques de l’orientation et apprenez comment les chercheurs étudient la navigation dans des espaces intérieurs complexes. Découvrez comment l’oculométrie, la réponse galvanique de la peau (GSR), la réalité virtuelle (VR) et la recherche en expérience utilisateur (UX) permettent de mettre en lumière ce que les gens remarquent, où les systèmes d’orientation échouent, et comment la signalétique et les environnements peuvent mieux guider les personnes vers leur destination.

S’orienter dans un bâtiment semble être, à première vue, une tâche simple. Il suffit de repérer un panneau, de suivre une flèche, voire de s’orienter grâce à des repères architecturaux, pour arriver là où l’on doit aller.

Dans la pratique, l’orientation en intérieur implique une succession ininterrompue de petites décisions.

Imaginez que vous arriviez dans un hôpital que vous ne connaissez pas. Vous devez trouver un service précis. Vous passez la porte principale et devez immédiatement décider où chercher. Y a-t-il un panneau au-dessus de votre tête ? Un plan d’accès accroché au mur ? Un tracé coloré au sol ? Faut-il continuer tout droit ou s’arrêter pour demander son chemin à quelqu’un ?

Pour les chercheurs, ces petites décisions font de l’orientation en intérieur un problème comportemental complexe. Il est utile d’étudier si une personne parvient finalement à sa destination, mais cela ne reflète qu’une partie de la réalité.

Une étude sur l’orientation peut également permettre d’analyser comment les gens s’orientent, quelles informations ils recherchent, quels panneaux ils remarquent, à quels endroits ils hésitent et pourquoi ils se trompent parfois de chemin.

Qu’est-ce que la signalétique d’orientation ?

L’orientation est le processus par lequel les personnes déterminent où elles se trouvent, décident où elles doivent aller et se déplacent d’un endroit à un autre.

Dans les espaces intérieurs, un système d’orientation peut aller bien au-delà des simples panneaux directionnels. Les plans, les numéros de salle, les symboles, les couleurs, les écrans numériques, les éléments architecturaux, les points de repère, l’éclairage et l’agencement même du bâtiment peuvent tous aider les personnes à s’orienter dans un espace.

C’est pourquoi la conception de la signalétique fait appel à l’architecture, à la décoration d’intérieur, au graphisme, à l’expérience utilisateur (UX) et à la recherche comportementale.

Un bon système d’orientation en intérieur combine ces éléments afin que les personnes puissent trouver et comprendre les informations dont elles ont besoin, en particulier lorsqu’elles ne connaissent pas bien les lieux.

Comment fonctionne la signalisation intérieure ?

Les gens ne se repèrent pas forcément dans un bâtiment en suivant un itinéraire unique et continu. Au contraire, la navigation se fait souvent par une succession de petites décisions.

Une personne détermine où elle souhaite se rendre, recherche des informations utiles, interprète ce qu’elle trouve, choisit une direction, se déplace dans l’espace, puis réévalue la situation.

Besoin d’orientation → Recherche visuelle → Information trouvée → Interprétation → Décision → Mouvement → Réévaluation

Pour les chercheurs, cela constitue un cadre utile. Si quelqu’un se trompe de chemin, à quel moment le processus a-t-il échoué ? A-t-il manqué des informations pertinentes ? A-t-il vu le panneau mais l’a-t-il mal interprété ? Ou bien un autre élément de l’environnement a-t-il influencé sa décision ?

Cette distinction revêt une importance particulière dans les environnements intérieurs complexes tels que les hôpitaux, les aéroports, les gares, les universités, les musées et les centres commerciaux.

Il se peut que deux participants parviennent tous les deux à trouver la porte B27. L’un s’y rend directement. L’autre s’arrête quatre fois, passe à côté d’un virage, fait demi-tour et vérifie plusieurs panneaux avant d’arriver à destination.

Tous deux ont réussi. Leurs expériences en matière d’orientation ont été très différentes.

Concentrez-vous sur le parcours, pas seulement sur la destination

Une étude sur l’orientation peut facilement se transformer en une étude sur la signalétique. Les panneaux sont importants, mais ils ne constituent qu’un aspect parmi d’autres de la manière dont les gens s’orientent.

Les personnes peuvent s’aider de panneaux suspendus, de plans, de numéros de salle, d’éléments architecturaux, de points de repère ou d’écrans numériques. Elles peuvent également suivre d’autres personnes ou jeter un œil par une entrée pour comprendre où celle-ci mène.

Les chercheurs devraient donc définir la notion de réussite au-delà de la simple arrivée à la bonne destination. La durée du trajet, le choix de l’itinéraire, les mauvais virages, les arrêts, les hésitations, les retours en arrière et les demandes d’aide peuvent tous révéler dans quelle mesure un environnement facilite la navigation.

Les points de décision revêtent une importance particulière. Les carrefours, les ascenseurs, les entrées, les escaliers et les grands espaces ouverts obligent les gens à décider de la suite de leur parcours.

Que se passe-t-il à ces endroits ? Les gens trouvent-ils immédiatement les informations dont ils ont besoin ? S’arrêtent-ils pour chercher ? Regardent-ils en arrière après avoir tourné pour s’assurer qu’ils ont fait le bon choix ?

Ces comportements peuvent trahir une certaine incertitude, même lorsque le participant choisit finalement le bon itinéraire.

Les gens changent d’avis en cours de route

Les vrais voyages consistent d’ailleurs rarement à se déplacer simplement du point A au point B.

Les aéroports en sont un bon exemple. Un voyageur peut avoir pour objectif de se rendre à sa porte d’embarquement, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il empruntera l’itinéraire le plus direct. Il peut avoir faim et chercher un endroit où manger. Il peut vouloir acheter un cadeau, trouver des toilettes, remplir sa bouteille d’eau ou trouver un siège confortable avant l’embarquement.

Signalétique aéroportuaire

Chaque nouvel objectif modifie les informations qui comptent.

Des changements similaires se produisent ailleurs. Un visiteur à l’hôpital peut décider de se rendre dans un café ou une pharmacie avant de reprendre son chemin initial. Un visiteur de musée peut soudainement avoir besoin d’aller aux toilettes ou vouloir découvrir une exposition en particulier.

Un bon système d’orientation doit s’adapter à ces changements de priorités. Les usagers doivent pouvoir s’écarter de leur itinéraire initial, trouver une nouvelle destination, comprendre où ils se trouvent, puis poursuivre leur chemin sans avoir à tout recommencer.

Cela fait de la réorientation un aspect intéressant à prendre en compte pour les chercheurs. Au lieu de se limiter à tester des itinéraires fixes entre A et B, une étude peut intégrer des objectifs secondaires ou permettre aux participants de faire des choix naturels en cours de route.

Lorsque l’objectif d’une personne change, où cherche-t-elle de nouvelles informations ? En combien de temps peut-elle les trouver ? Et avec quelle facilité peut-elle reprendre son parcours initial ?

Qu’est-ce qui caractérise une bonne signalétique d’orientation ?

La signalétique d’orientation désigne les panneaux visuels destinés à aider les personnes à comprendre un environnement et à s’y repérer. Elle peut notamment comprendre des panneaux directionnels, des panneaux d’identification, des plans d’accès, des cartes, des panneaux indiquant les salles et des écrans numériques.

Une bonne signalétique ne se résume pas à une signalisation facile à lire prise isolément. Elle doit s’intégrer harmonieusement à l’environnement qui l’entoure.

Quelques principes constituent des points de départ utiles :

  1. Placez les informations là où les décisions sont prises. Les indications directionnelles doivent figurer avant les carrefours et autres points où les usagers doivent choisir un itinéraire.
  2. Créez une hiérarchie visuelle claire. Les destinations, les flèches et les informations essentielles doivent être faciles à repérer d'un seul coup d'œil.
  3. Veillez à la cohérence du système. La terminologie, les couleurs, les symboles et les conventions de dénomination doivent rester cohérents tout au long du parcours.
  4. Réduisez la concurrence pour attirer l'attention. Une surabondance d'informations ne garantit pas toujours une meilleure orientation. Les publicités, les écrans et autres panneaux peuvent rendre les indications importantes plus difficiles à repérer.
  5. Rassurez-les. Une confirmation après un tournant important peut aider les gens à se rendre compte qu'ils sont toujours sur la bonne voie.

L’architecture peut également contribuer à cette orientation. Des entrées caractéristiques, des couleurs, des objets, des axes visuels ou d’autres points de repère peuvent aider les personnes à se repérer sans qu’il soit nécessaire d’ajouter un panneau supplémentaire.

Pour les chercheurs, cependant, ces principes doivent être considérés comme des hypothèses à vérifier plutôt que comme des garanties d’une bonne orientation.

Un panneau qui semble évident pour quelqu’un qui connaît déjà le bâtiment peut passer presque inaperçu pour une personne qui s’y rend pour la première fois.

Qu’est-ce que les gens remarquent réellement ?

C’est là que l’oculométrie peut apporter un éclairage important à la recherche sur l’orientation.

Les espaces intérieurs sont rarement visuellement sereins. Un panneau d’aéroport peut entrer en concurrence avec les écrans d’affichage des départs, les boutiques, les publicités, les consignes de sécurité, l’architecture et les autres voyageurs. Un plan d’accès à l’hôpital peut se retrouver au milieu d’affiches, de portes, d’avis et d’informations médicales.

Le fait qu’un signe soit présent ne signifie pas pour autant qu’il ait été vu.

Les chercheurs peuvent ainsi étudier la manière dont les personnes explorent visuellement un environnement. À quelle vitesse trouvent-elles les informations pertinentes ? Quels repères attirent leur attention ? Sur quoi portent-elles leur regard à la place ? Et que se passe-t-il juste avant qu’elles ne prennent une décision d’orientation ?

Cela permet également de faire la distinction entre deux problèmes très différents.

Si les participants ne regardent pas le panneau en question, cela peut être dû à un problème de visibilité, d’emplacement ou à la présence d’informations visuelles concurrentes. S’ils le regardent directement mais hésitent tout de même ou choisissent le mauvais itinéraire, le problème peut alors être lié à la compréhension.

Il est difficile de déterminer cette différence en se contentant de demander à quelqu’un, une fois le trajet terminé, si la signalisation était claire.

Utilisation d’iMotions pour étudier l’orientation en intérieur

L’orientation fait appel à l’attention, au déplacement, à la prise de décision et à la réaction émotionnelle. Elle peut également impliquer de passer d’espaces physiques à des outils numériques tels que des cartes, des bornes interactives et des écrans d’information.

Cela en fait un outil particulièrement adapté à une approche de recherche multimodale.

Grâce à iMotions, les chercheurs peuvent combiner différentes mesures en fonction des questions auxquelles ils souhaitent que leur étude apporte une réponse.

Lunettes d’oculométrie pour l’orientation dans le monde réel

Les lunettes d’oculométrie permettent aux participants de se déplacer naturellement dans un aéroport, un hôpital, une gare, un musée ou tout autre lieu clos, tandis que leur attention visuelle est enregistrée.

Les chercheurs peuvent déterminer si les participants remarquent les panneaux de signalisation, à quelle vitesse ils les repèrent, quels éléments détournent leur attention et ce qu’ils regardent avant de prendre une décision d’orientation.

Orientation grâce à l'oculométrie

Cela s’avère particulièrement utile lorsqu’on établit un lien avec le comportement.

Si quelqu’un s’arrête à un carrefour ou prend un mauvais chemin, les chercheurs peuvent analyser les instants qui ont précédé cette décision. A-t-il manqué le panneau correspondant ? A-t-il examiné plusieurs panneaux contradictoires ? A-t-il vu la bonne information mais a-t-il tout de même choisi un autre itinéraire ?

Les zones d’intérêt (ou AOI) peuvent également servir à quantifier l’attention portée aux panneaux, aux cartes, aux affichages, aux points de repère et à d’autres éléments importants de l’environnement.

L’oculométrie permet donc de faire la distinction entre les informations disponibles et celles qui sont réellement remarquées et utilisées.

GSR pour l’excitation physiologique

L’orientation peut également comporter des moments d’incertitude, notamment lorsque les gens perdent confiance dans la direction qu’ils empruntent.

La réponse galvanique de la peau, ou GSR, mesure les variations de l’éveil physiologique. Lorsqu’elle est associée à d’autres mesures, elle peut aider les chercheurs à identifier les moments où l’éveil s’intensifie au cours d’un trajet.

Le GSR ne suffit pas à lui seul à indiquer aux chercheurs qu’une personne est stressée ou frustrée. Le contexte joue un rôle important.

Toutefois, une augmentation de l’état d’éveil qui accompagne des recherches visuelles répétées, une hésitation, un mauvais choix de direction ou le fait qu’un participant exprime sa frustration peut constituer un indice utile indiquant qu’une partie spécifique du parcours mérite d’être examinée de plus près.

Cela peut s’avérer particulièrement pertinent dans des environnements tels que les hôpitaux et les aéroports, où la navigation doit s’effectuer dans un contexte de contraintes de temps et d’incertitude.

La réalité virtuelle pour l’orientation dans des espaces simulés

Les études sur l’orientation ne nécessitent pas toujours un bâtiment achevé.

La réalité virtuelle permet aux chercheurs de tester des environnements proposés avant leur construction ou leur modification. Il est ainsi possible de comparer différents agencements, signalétiques, couleurs, points de repère et systèmes d’information tout en contrôlant les autres éléments.

L’oculométrie en réalité virtuelle permet alors de mettre en évidence ce que les participants remarquent lorsqu’ils évoluent dans l’environnement simulé.

Les chercheurs pourraient comparer différents emplacements de signalisation, déterminer si un point de repère facilite l’orientation ou tester deux versions d’un projet d’aménagement hospitalier avant que des modifications physiques ne soient apportées.

Il est nettement plus facile de modifier un couloir virtuel que d’en construire un réel.

Tester l’expérience utilisateur (UX) de la signalétique numérique

De nos jours, l’orientation en intérieur s’effectue de plus en plus souvent à l’aide d’écrans, mais aussi de panneaux.

Les aéroports, les hôpitaux, les centres commerciaux et les universités peuvent recourir à des annuaires interactifs, des cartes numériques, des bornes interactives et d’autres interfaces pour aider les visiteurs à choisir et à localiser leurs destinations.

Ces systèmes génèrent leurs propres questions de recherche en matière d’expérience utilisateur.

Une personne peut-elle rapidement se repérer sur une carte ? Peut-elle trouver la destination qu’elle cherche ? Sait-elle clairement à quel étage elle doit se rendre ? Remarque-t-elle la possibilité de générer un itinéraire ? Peut-elle comprendre l’itinéraire assez rapidement pour s’en servir dès qu’elle se met en route ?

L’oculométrie permet de déterminer où les utilisateurs recherchent des informations sur l’interface. Les données d’interaction permettent de mettre en évidence les clics, les sélections, les erreurs et la réalisation des tâches. Les enquêtes permettent de déterminer dans quelle mesure les utilisateurs ont trouvé le système facile ou difficile à utiliser.

Il est important de noter que les chercheurs peuvent également étudier la transition entre l’orientation numérique et l’orientation physique.

Un utilisateur peut réussir à trouver un restaurant sur un plan d’aéroport, mais se sentir perdu dès qu’il s’éloigne de l’écran. L’interface a bien fonctionné, mais le parcours d’orientation dans son ensemble n’a pas été concluant.

Concilier l’attention, le comportement et l’expérience

Les meilleures études sur la signalétique parviennent à relier ces différentes étapes du parcours.

L’oculométrie permet de déterminer ce qu’une personne a regardé. Les mesures comportementales permettent de déterminer ce qu’elle a fait ensuite. L’électrodermographie (GSR) permet d’identifier les changements au niveau de l’excitation physiologique. Les questionnaires et les entretiens permettent de recueillir les réflexions et les impressions des participants concernant cette expérience.

Imaginez un participant qui s’approche d’un grand carrefour dans un hôpital. Son regard passe d’un panneau à l’autre. Il s’arrête, jette un coup d’œil en arrière vers le couloir d’où il vient et présente un signe d’excitation physiologique accrue. Une fois la tâche terminée, il explique que c’est à ce moment-là qu’il a commencé à douter de l’itinéraire à suivre.

Aucune de ces mesures, prise isolément, ne donne une image complète de la situation.

Ensemble, ces éléments permettent de mieux cerner à quel moment l’orientation est devenue difficile et ce qui se passait à ce moment-là.

Le choix des participants joue également un rôle important dans ce contexte. Une personne qui travaille quotidiennement dans un bâtiment ne s’y déplace plus comme quelqu’un qui le visite pour la première fois. Les études devraient recruter des participants représentatifs des personnes que le système est censé aider et prendre en compte, le cas échéant, des facteurs tels que la familiarité avec les lieux, l’âge, la langue et l’accessibilité.

Comment savoir si un système d’orientation est réellement efficace ?

Il existe de nombreuses recommandations pour concevoir de bons systèmes de signalétique. La question la plus délicate est de savoir si les gens les remarquent réellement, les comprennent et les utilisent comme prévu.

C’est en fin de compte la question à laquelle une étude sur la signalétique devrait apporter une réponse.

Où les participants se sont-ils arrêtés ? Quels panneaux ont-ils remarqués ? Lesquels leur ont échappé ? Sur quoi ont-ils porté leur attention à la place ? Que s’est-il passé avant qu’ils ne se trompent de chemin ? Ont-ils compris les informations qu’ils ont vues ? Et lorsque leurs priorités ont changé, ont-ils pu facilement se réorienter ?

Grâce à iMotions, les chercheurs peuvent regrouper ces différents signaux et étudier l’orientation comme une expérience humaine qui se déroule dans le temps, plutôt que comme une simple tâche de navigation où l’on réussit ou échoue.

La question qui se pose alors est plus pertinente que « Sont-ils arrivés là-bas ? »

On se demande alors : « Comment y sont-ils parvenus, qu’est-ce qui les a aidés en chemin, et en quoi l’environnement leur a-t-il posé des obstacles ? »

Références et lectures complémentaires