L’oculométrie, qui a évolué depuis les premiers enregistrements mécaniques du début du XXe siècle, est aujourd’hui un outil essentiel pour comprendre l’attention, la perception et le comportement dans de nombreux domaines. Cet article passe en revue plusieurs des études les plus influentes dans ce domaine, allant des travaux fondateurs sur la définition des fixations et des saccades aux recherches établissant un lien entre les mouvements oculaires et des troubles neurologiques tels que la schizophrénie. Il aborde également des applications clés dans les domaines de l’interaction homme-machine, de l’efficacité publicitaire et des comportements de recherche sur le Web. Ensemble, ces études montrent comment le suivi du regard est devenu un moyen puissant de comprendre comment les gens voient, décident et interagissent avec le monde.
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L’eye tracking recèle souvent bien plus que ce que l’on croit. Depuis le début des recherches, il y a bien plus d’un siècle, de nombreux articles et études ont démontré l’importance de savoir simplement où se pose le regard d’une personne.
L’une des premières études menées (en 1905) utilisait un petit point blanc qu’il fallait placer directement sur l’œil ; le reflet de ce point pouvait alors être enregistré. Ce fut la première étude à montrer le mouvement des yeux au fil du temps, en tant que processus dynamique ; mais heureusement, la technologie a bien évolué depuis.
Alors que le monde de l’oculométrie a tellement évolué – et a profondément transformé le monde –, nous avons pensé que le moment était venu de jeter un regard rétrospectif et de rassembler nos articles préférés, qui ont joué un rôle si déterminant dans cette évolution.
Les articles ci-dessous traitent de quatre domaines de recherche distincts dans le cadre de l’étude de l’oculométrie, ainsi que d’un domaine consacré à l’utilisation de l’oculométrie elle-même. Ces articles comptent parmi les travaux de recherche ou les analyses les plus influents dans le domaine de l’oculométrie (à en juger par le nombre de citations pertinentes).
1. Identification des fixations et des saccades dans les protocoles d’oculométrie

Dario Salvucci et Joseph Goldberg, 2000 (982 citations)
Pour comprendre les données d’oculométrie, il faut les analyser. Cependant, la manière de procéder n’a pas toujours été très claire. Ce n’est qu’avec cette publication de Dario Salvucci et Joseph Goldberg que les méthodes d’analyse ont été évaluées et comparées. Ce faisant, ils ont proposé un processus standardisé permettant d’évaluer les méthodes d’analyse, plutôt que de se contenter de comparaisons fragmentaires.
Cet article a été cité près de 1 000 fois et a eu un impact considérable sur la compréhension de la recherche en oculométrie, en fournissant des fondements scientifiques permettant de définir les fixations et les saccades. Étant donné qu’une grande partie des résultats de la recherche en oculométrie porte sur ces facteurs, il était essentiel, pour faire progresser ce domaine, de disposer d’une méthode bien définie permettant de les appréhender.
2. Les schémas de suivi oculaire dans la schizophrénie
Philip Holzman, Leonard Proctor et Dominic Hughes, 1973 (473 citations)
Bien que les méthodes utilisées fussent pour ainsi dire archaïques (« le potentiel de champ généré par le potentiel cornéo-rétinien a été enregistré sur un dynographe de type Beckman R en tant que mouvement oculaire… »), les résultats de cette étude ont sans aucun doute été révolutionnaires. Cet article de Philip Holzman et de ses collègues a révélé que les mouvements oculaires des patients schizophrènes différaient significativement de ceux des patients non schizophrènes (et n’étaient pas influencés par des « facteurs motivationnels ou attentionnels ») — ce qui suggérait qu’une différence identifiable et purement biologique avait été mise en évidence — le Saint Graal de la recherche sur la schizophrénie.
Cet article a été cité près de 500 fois et a donné naissance à un tout nouveau domaine de recherche pour les scientifiques qui étudient la schizophrénie. Il a également démontré l’importance de considérer les mouvements oculaires comme un biomarqueur des troubles neurologiques, ouvrant ainsi de nouvelles voies pour le dépistage et la caractérisation de ces maladies.
3. L’utilisation des mouvements oculaires dans les techniques d’interaction homme-machine : ce que vous regardez, c’est ce que vous obtenez
Robert Jacob, 1991 (491 citations)
Cet article de Robert Jacob a été l’un des premiers à s’intéresser à l’utilisation de la technologie d’oculométrie pour guider l’interaction homme-machine. Publié en 1991, il devait donc prendre en compte les différentes méthodes d’oculométrie disponibles à l’époque (dont certaines faisaient appel à une « plaque d’immobilisation » pour maintenir la tête immobile – heureusement, le matériel s’est amélioré depuis).
L’analyse de cet article s’appuie sur des travaux antérieurs axés sur l’utilisation de l’oculométrie en tant que technologie d’assistance – destinée à aider les personnes en situation de handicap –, tout en mettant l’accent sur des méthodes qui font également appel à des « modes plus conventionnels de communication entre l’utilisateur et l’ordinateur ». L’accent n’est donc pas seulement mis sur l’interaction homme-ordinateur, mais aussi sur l’interaction ordinateur-homme. Bien que cet article soit pour ainsi dire un classique dans l’histoire de l’oculométrie (un quart de siècle, c’est long dans ce domaine), il a jeté les bases de nombreuses initiatives en matière d’interaction homme-ordinateur que nous observons aujourd’hui.
4. Les schémas de mouvement des yeux des consommateurs face aux publicités des Pages Jaunes
Gerald Lohse, 1997 (342 citations)
L’une des approches les plus récentes de l’utilisation des données d’oculométrie consiste à analyser la réaction d’un individu face à des publicités. Bien que cet article porte sur les Pages Jaunes (ce qui est tout à fait compréhensible si vous les avez oubliées – cela remonte à 1997), ses conclusions mettent en lumière des mécanismes qui s’appliquent également à d’autres formes de publicité.
Il est notamment apparu que la majeure partie du contenu passait tout simplement inaperçue, ce qui constitue un constat inquiétant pour les annonceurs. Les chercheurs ont également constaté que « les consommateurs passaient 54 % de temps en plus à regarder les publicités qu’ils finissaient par choisir », ce qui montre à quel point la connaissance des mouvements oculaires peut éclairer nos hypothèses sur le comportement des individus. Le domaine des études de marché et de la recherche publicitaire continue de progresser grâce à ces découvertes, permettant ainsi de mieux cerner ce qui attire l’attention et comment la retenir.
5. Analyse du comportement des utilisateurs lors de recherches sur le Web à l’aide de l’oculométrie
Laura Granka, Thorsten Joachims et Geri Gay, 2004 (588 citations)
L’une des applications les plus courantes de l’eye tracking consiste aujourd’hui à analyser la manière dont les utilisateurs interagissent avec les pages web et, plus généralement, avec Internet. Une meilleure compréhension de ce phénomène peut aider les entreprises et les marques à optimiser leur impact auprès des utilisateurs et à leur offrir une expérience aussi fluide que possible.
Cet article examine la manière dont les utilisateurs interagissent avec Google lors de leurs recherches. À l’instar de l’étude sur les Pages Jaunes mentionnée plus haut, les chercheurs se sont intéressés à la proportion d’informations réellement consultées et aux éléments qui suscitaient particulièrement l’intérêt. Ils ont constaté que seuls les deux premiers liens d’une recherche retenaient véritablement l’attention, ce qui constitue une nouvelle inquiétante pour ceux qui se trouvent en troisième position ou au-delà. Cette étude a inspiré de nombreux autres articles consacrés à l’analyse des mouvements oculaires des utilisateurs de moteurs de recherche et aux moyens d’améliorer leur expérience.
Voici un aperçu de certains des articles de recherche les plus influents dans le domaine de l’oculométrie. Bien que la liste puisse s’allonger encore avec de nombreuses autres publications, ceux-ci constituent un échantillon des articles les plus marquants issus des principaux domaines de la recherche en oculométrie.
Nous espérons que cet article sur cette étude vous a plu et qu’il vous donnera envie de mener un projet similaire ! Si vous avez besoin de conseils pour vous lancer, n’hésitez pas à télécharger ci-dessous notre excellent guide sur l’eye tracking.
