Le paradigme de la contingence du regard est en train de révolutionner la manière dont les chercheurs étudient l’attention visuelle. En associant en temps réel les mouvements oculaires à ce qui s’affiche à l’écran, il transforme la perception en un signal interactif. Grâce à des techniques telles que le masquage fovéal, l’agrandissement périphérique et les tâches basées sur des stimuli, les scientifiques peuvent isoler l’attention avec précision et étudier comment les biais se forment et évoluent. Aujourd’hui, ce paradigme est souvent associé à l’oculométrie, à l’EEG et à des outils comportementaux pour révéler comment nous voyons, décidons et réagissons dans des environnements dynamiques.
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Nous accordons de l’attention aux choses qui comptent dans notre vie, c’est-à-dire à celles qui sont importantes ou qui nous concernent. La nature de ces choses et les raisons pour lesquelles elles comptent peuvent varier considérablement d’une personne à l’autre. Ces différences dans ce à quoi nous prêtons attention contribuent grandement à définir nos centres d’intérêt et notre personnalité, ce qui, en fin de compte, peut donner une idée de notre identité. Mettre en lumière ces différences peut nous aider à répondre à certaines questions fondamentales de la psychologie : qui sommes-nous et pourquoi ?
Le paradigme de la contingence du regard aide à répondre à cette question, en isolant ce que nous voyons, ce qui permet aux psychologues de savoir exactement ce que le participant regarde. Ce dispositif expérimental s’inscrit littéralement dans la logique « ce que vous voyez, c’est ce que vous obtenez ». Nous savons que les gens accordent davantage d’attention aux éléments qui leur semblent marquants (ou inattendus), et une fois que nous avons défini avec précision où se concentre cette attention, nous pouvons commencer à nous interroger sur les raisons de ce phénomène.
Qu’est-ce qu’une tâche de contingence du regard, exactement ?
Il existe plusieurs réponses à cette question, car il existe de nombreuses versions différentes de ce dispositif expérimental. Elles ont toutefois toutes un point commun : celui d’un stimulus dynamique et changeant qui réagit au regard du participant. L’apparition du stimulus dépend donc du regard.
Passons en revue quelques-unes de ces versions pour y voir plus clair.
Il existe plusieurs variantes modernes de cette tâche (qui seront abordées ci-dessous), mais certaines des premières méthodologies basées sur la dépendance au regard ont été mises au point par Stephen Reder, en 1973. Dans ce cadre, il a décrit plusieurs paradigmes (dont certains existaient déjà sous forme non informatisée), qui reposaient sur la présentation d’un stimulus lorsque le regard du participant était fixé sur un emplacement prédéfini.
Il était alors possible de mesurer la réaction aux nouveaux stimuli présentés et de la comparer à d’autres types de stimuli (par exemple, le temps de réaction face à des images représentant différentes expressions faciales) ou aux réponses d’autres participants.
Tout d’abord, Reder a décrit un dispositif expérimental « dans lequel seule une petite partie de la matrice de stimuli à explorer est affichée clairement lors de chaque fixation ». Ce paradigme est désormais connu sous le nom de « fenêtre mobile » et repose en grande partie sur le blocage de la vision périphérique afin que toute information située en dehors de cette zone soit masquée (un exemple de ce paradigme, ainsi que les autres paradigmes de blocage décrits par Reder, sont illustrés dans la figure ci-dessous). Ce scénario a été appliqué à la fois à des stimuli visuels et à des stimuli textuels.
D’autre part, et contrairement au paradigme décrit ci-dessus, il est possible de masquer la vision fovéale, ce qui ne laisse (plus ou moins) visibles que les informations visuelles périphériques. La vision du participant s’en trouve alors considérablement restreinte, ce qui permet aux tâches expérimentales d’étudier la manière dont la partie périphérique du champ visuel réagit à une scène.
Troisièmement, les informations périphériques peuvent également être agrandies, afin de compenser la résolution visuelle réduite de la partie parafovéale de l’œil (de sorte que les informations visuelles entourant la zone de mise au point deviennent visibles grâce à leur agrandissement, proportionnel à la distance par rapport à la fovéa).

Comment l’utilise-t-on aujourd’hui ?
Le paradigme de la réaction au regard est toujours largement utilisé, et à mesure que les difficultés techniques liées à cette expérience se sont atténuées, sa mise en place et son exécution sont devenues plus faciles. Les contraintes informatiques étant moins nombreuses, il est désormais possible d’envisager une multitude de scénarios de réaction au regard qui n’auraient peut-être pas été envisageables auparavant.
Si les paradigmes décrits par Reder restent utiles et sont encore utilisés aujourd’hui dans la recherche, d’autres dispositifs expérimentaux faisant appel à la contingence du regard sont également venus s’ajouter à ce répertoire.
La tâche « dot-probe » en est un exemple. Dans ce cadre, on présente d’abord aux participants un point de fixation, suivi de deux images (l’une à gauche, l’autre à droite), puis d’un « probe » qui apparaît à l’emplacement de l’une des images (le « probe » est une image ou une forme sur laquelle le participant doit fixer son regard lorsqu’elle apparaît).
Si l’emplacement de la sonde coïncide avec celui de l’image précédemment fixée, le temps de fixation sera court. À l’inverse, si la sonde est présentée à l’emplacement de l’autre image (celle qui n’a pas été fixée), le temps de fixation sur la sonde sera plus long. La vitesse des fixations suggère une préférence lorsque l’emplacement de la sonde est congruent, et une aversion lorsque l’emplacement de la sonde est incongruent.

Si cette configuration est reproduite au cours de plusieurs essais, l’expérimentateur peut tester toutes les versions de ce paradigme et se faire une idée du type d’image qui est préféré.
Cette technique a été utilisée dans le but de modifier le biais d’attention des participants. Connue sous le nom de « modification du biais d’attention », la tâche de type « dot-probe » est mise en œuvre comme décrit ci-dessus, mais la sonde ne peut apparaître qu’après des stimuli neutres, tandis que l’autre image peut, par exemple, représenter une scène perturbante. L’objectif est donc d’entraîner inconsciemment le participant à prêter attention aux stimuli neutres et à éviter implicitement les stimuli perturbants, car son but est de repérer la sonde le plus rapidement possible. Bien entendu, cette technique peut également être conçue pour fonctionner dans le sens inverse, en orientant l’entraînement vers des stimuli non neutres.
Dans un dispositif expérimental similaire, il a été démontré que les participants chez qui un trouble dépressif majeur avait été diagnostiqué mettaient beaucoup de temps à détourner leur attention des stimuli chargés d’émotion. On leur présentait à la fois un visage neutre et un visage exprimant une émotion, et on leur demandait de concentrer leur attention sur le visage neutre. La durée pendant laquelle ils restaient fixés sur le visage exprimant une émotion est considérée comme une preuve que ce biais attentionnel peut contribuer à la persistance du trouble.
Des recherches récentes ont également montré des résultats préliminaires encourageants concernant l’utilisation du paradigme de la contingence du regard pour aider les élèves autistes à maintenir leur regard et leur attention. La modification de la réponse visuelle ne constitue qu’une partie de l’utilisation des expériences de contingence du regard, mais pourrait s’avérer utile en tant qu’approche non invasive et peu coûteuse pour favoriser un changement comportemental.
D’autres scénarios peuvent désormais intégrer l’imagerie cérébrale (telle que l’IRMf) ou des mesures psychophysiologiques afin de compléter les données obtenues et d’apporter un éclairage plus approfondi sur les processus impliqués dans ces tâches.
Comment mettre en place un paradigme de contingence du regard
Il est évident que le paradigme de la contingence du regard est à la fois bien établi et qu’il offre des perspectives facilement exploitables pour la recherche en psychologie. Comment donc le mettre en place ? En utilisant iMotions, associé à une plateforme tierce (telle que PsychoPy) via l’API (interface de programmation d’application) d’iMotions, la configuration de la contingence du regard peut être facilement mise en œuvre. Cela signifie également qu’une grande variété de programmes différents peut être ajoutée et complétée au sein d’iMotions, offrant ainsi une grande flexibilité dans la mise en place des expériences.
Les données provenant du dispositif d’oculométrie étant transmises via l’API, les données renvoyées peuvent influencer la présentation des stimuli dans iMotions, qui enregistrera également les indicateurs pertinents nécessaires à la compréhension des éventuels biais attentionnels.
Les résultats obtenus grâce à ce modèle peuvent alors être affichés instantanément, comme le montre l’image ci-dessous. Il est possible de sélectionner des zones d’intérêt spécifiques (AOI) et d’extraire des informations sur ces régions définies. Cela permet de visualiser les données de manière rapide et intuitive.

On trouve ci-dessous un exemple d’un tel montage expérimental, fonctionnant sous iMotions avec une analyse des expressions faciales exécutée simultanément.
Outre les données d’oculométrie, l’association d’autres biocapteurs au paradigme de la contingence du regard permet d’obtenir davantage de données et s’intègre facilement dans iMotions. L’analyse des expressions faciales pour mesurer la valence émotionnelle peut fournir des informations sur les sentiments d’un participant lorsqu’il est confronté aux stimuli. Cela ajoute une dimension supplémentaire aux informations issues de l’expérience, allant au-delà des mesures habituelles de l’attention, et permet de mieux comprendre pourquoi le participant a accordé plus (ou moins) d’attention à un stimulus particulier.
Le recours à l’EEG et l’analyse subséquente de l’asymétrie frontale, qui reflète le niveau d’engagement des participants, peuvent également étayer davantage les mesures du biais attentionnel. L’utilisation d’enregistrements de l’éveil physiologique, par exemple via la GSR ou l’ECG, peut aider à mettre en évidence l’intensité de l’engagement attentionnel, en particulier lorsqu’elle est associée à d’autres enregistrements psychophysiologiques.
Conclusion
Le paradigme de la contingence du regard peut être utilisé de multiples façons et servir d’outil pour mettre en évidence des biais dans divers troubles ou états mentaux. Le fait qu’il ne nécessite qu’un effort mental explicite minimal de la part des participants garantit que ce dispositif expérimental peut être largement utilisé. Grâce à iMotions, l’expérience peut être facilement menée et développée de nombreuses façons, ce qui apporte à la fois de la profondeur et de la précision aux données, et par conséquent aux conclusions de l’étude.
Si vous souhaitez en savoir plus sur l’utilisation du programme de stimulation visuelle dans iMotions, ou si vous souhaitez découvrir comment iMotions peut vous aider dans vos recherches, n’hésitez pas à nous contacter.
J’espère que vous avez apprécié cet article sur la tâche de contingence du regard, les recherches qui ont été menées à ce sujet et la manière dont vous pouvez vous-même l’utiliser. Si vous souhaitez en savoir plus sur la manière de mener des recherches de qualité, consultez notre guide de poche gratuit ci-dessous !
