Le codage comportemental a révolutionné la recherche sur le comportement humain en réduisant les biais et en introduisant une observation structurée. Découvrez comment cette méthode a vu le jour, pourquoi elle est indispensable et comment les chercheurs l’utilisent pour quantifier objectivement les actions. Explorez les étapes nécessaires à la création d’un système de codage comportemental et à l’amélioration de la précision des données en sciences comportementales.
Table des matières
La naissance du « behavioral coding » : éliminer les biais dans la recherche sur le comportement humain
À la fin des années 1960, le ministère américain de la Santé, de l’Éducation et du Bien-être social a publié un ouvrage au titre sobre qui allait progressivement transformer l’avenir des sciences du comportement. Rédigé par Charles Cannel et ses collègues, cet ouvrage est né d’une prise de conscience croissante de la manière dont les préjugés peuvent nuire à une compréhension précise du comportement humain [1].
Après avoir constaté que les entretiens sur l’alcool semblaient biaisés selon que l’enquêteur était « prohibitionniste » ou « socialiste », ils ont entrepris de renforcer la rigueur de la méthodologie d’entretien, et c’est ainsi qu’est né le premier système de codage comportemental.
Les règles qu’ils ont élaborées visaient à éliminer toute subjectivité du processus d’entretien en formalisant un système de notation des performances des enquêteurs ; les chercheurs n’auraient ainsi plus à se fier aveuglément au processus. Les versions ultérieures ont étendu cette approche à l’ensemble du processus d’entretien ou d’observation.

Codage comportemental : une approche systématique de l’analyse du comportement humain
Qu’est-ce qu’un système de codage comportemental, exactement ? Le codage comportemental consiste à définir de manière formelle et systématique des comportements manifestes (observables). Il s’agit de prendre un geste, tel qu’un froncement de sourcils, un mouvement du bras ou un regard inquiet, et de lui attribuer une valeur. Cela aide le chercheur en lui fournissant une méthode pour définir objectivement des comportements manifestes et complexes qui, sans cela, seraient trop ambigus pour être détectés par un logiciel.
À découvrir : Comment réaliser du codage comportemental dans iMotions
Une fois que les chercheurs en comportement ont observé et quantifié le comportement des participants dans des environnements naturels, ils peuvent recenser le nombre d’occurrences de chaque action et se forger une compréhension objective d’un ensemble de comportements. C’est ce qui fait de l’observation comportementale une science, et non plus seulement un art.
Nous allons vous présenter ci-dessous les étapes à suivre pour mettre en place votre propre système de codage comportemental, et vous expliquer comment iMotions peut vous aider dans vos expériences de codage comportemental et bien plus encore.
Comment procéder au codage des observations comportementales
La première étape dans l’étude des comportements manifestes consiste à déterminer quels sont ceux qui vous intéressent et qui sont pertinents pour votre étude. Il peut être utile de consulter les travaux antérieurs pour voir si un système de codage comportemental a déjà été élaboré et validé ; bien que cela soit peu fréquent selon le domaine dans lequel vous travaillez, cela peut considérablement accélérer l’avancement de votre projet s’il existe.
Si vous devez créer votre propre système de codification comportementale, il peut être utile de se poser certaines questions dès le départ, telles que :
- Comment définir au mieux ce comportement ?
- Allez-vous procéder à un microcodage ou à un macrocodage ?
- Comment ces comportements seront-ils quantifiés ?
- Quand ces comportements cessent-ils ?
- De quel matériel avez-vous besoin ?
Comment définir au mieux ce comportement ?
Vous intéressez-vous à la manière dont une personne réagit émotionnellement à un stimulus, ou à son attitude générale ? Peut-être vous intéressez-vous aux changements subtils du langage corporel ou aux expressions faciales. Vous devrez déterminer si vous vous intéressez à des états comportementaux généraux ou à des actions spécifiques. Il est également possible de combiner ces mesures, même si cela nécessitera bien sûr un travail d’analyse plus poussé.
Il est également important ici de veiller à ce que la catégorisation des comportements ne soit ni trop large, ni trop restrictive. Il faut s’assurer qu’il soit clair de savoir quand un comportement se produit ou non, tout en s’assurant que ce comportement soit susceptible d’être observé dans le contexte expérimental.
À lire : Bonnes pratiques pour les études de codage comportemental.

Allez-vous procéder à un microcodage ou à un macrocodage ?
La réponse à cette question déterminera en grande partie l’orientation que vous choisirez en matière de style de codage. Le microcodage consiste à enregistrer des actions simples et sans ambiguïté, telles que des expressions faciales, des mouvements de la main ou le fait de regarder dans une certaine direction. Cette approche est fastidieuse, mais elle peut vous fournir des données riches et clairement identifiées.
Le macrocodage consiste à définir un état général – par exemple, l’état émotionnel d’une personne, sa capacité à suivre des instructions ou sa propension à rechercher des informations. L’analyse du macrocodage peut être effectuée beaucoup plus rapidement que celle du microcodage (nous y reviendrons plus loin), mais elle peut néanmoins rester subjective si elle n’est pas suffisamment ciblée.

Comment ces comportements seront-ils quantifiés ?
Enregistrerez-vous des occurrences isolées de comportements, ou souhaitez-vous également noter l’intensité de ces derniers ? Il peut s’avérer judicieux de distinguer les comportements en fonction de leur intensité, mais dans certains cas, cela pourrait s’avérer peu pratique ou demander trop de travail pour un gain d’information limité. Cela détermine si les données seront nominales / catégorielles (par exemple « A » pour se diriger vers un objet, « B » pour s’en éloigner, etc.), ou continues / sur une échelle (par exemple « A1 » pour se diriger immédiatement vers l’objet, « A2 » pour se diriger vers l’objet à un rythme normal, etc.).
Vous pourriez également vous intéresser aux enchaînements de comportements (c’est-à-dire au codage séquentiel), et devrez alors définir un nouveau système de codage à cet effet. Par exemple, un participant qui observe un stimulus après avoir parlé au chercheur pourrait être codé différemment de lorsqu’il le fait de manière autonome — ou bien cette information pourrait être jugée sans importance et les actions pourraient être codées séparément.
Quand ces comportements cessent-ils ?
Cela revêt une importance particulière lorsqu’on examine des indicateurs d’états comportementaux plus généraux : ces comportements peuvent-ils se chevaucher avec d’autres, ou ont-ils une fin bien délimitée ? Si l’on adopte cette approche, il est utile de se demander comment des comportements potentiellement plus restreints et distincts pourraient également être influencés par des états plus généraux.
De quel matériel avez-vous besoin ?
L’un des principaux problèmes liés à l’observation comportementale réside dans le fait que les participants réagissent généralement à la présence d’une autre personne, telle que le chercheur [2]. Cela signifie qu’ils sont susceptibles de modifier leur comportement par rapport à ce qu’il serait dans un environnement présentant une forte validité écologique, en réaction à l’observation [3].
Il est donc important de rester autant que possible à l’écart des participants, afin d’éviter, par exemple, que des effets de désirabilité sociale ne faussent les résultats [4]. Pour ce faire, on procède généralement à un enregistrement via une webcam, puis on analyse les images ultérieurement. Cette méthode présente l’avantage supplémentaire de permettre de visionner les comportements à plusieurs reprises afin de garantir l’exactitude des données.

Comment planifier une étude d’observation comportementale
Comme pour toute expérience, une bonne planification est indispensable. Après avoir identifié et défini les comportements qui vous intéressent, vous devrez concevoir une expérience permettant d’étudier ces comportements dans un cadre expérimental.
Dans le cadre d’expériences de codage comportemental, il est particulièrement important de concevoir une expérience susceptible de susciter les comportements que l’on souhaite observer (même si cela n’est pas toujours possible).
Par exemple, si vous souhaitez connaître les réactions des consommateurs face à un produit, vous pourriez vouloir mettre ce produit à disposition afin de pouvoir observer leurs réactions directes. Vous pourriez vous intéresser à leurs réactions émotionnelles, à leur langage corporel ou à la manière dont ils interagissent physiquement avec le produit ; tous ces éléments peuvent être plus facilement mis en relation avec le produit s’il est présent lors de l’expérience. La manière dont vous organiserez l’expérience dépendra bien sûr des objectifs spécifiques de votre recherche.
À lire : Comment réaliser des tests de produits : tests en rayon en magasin
Il est également essentiel de fixer une durée maximale pour l’étude et de veiller à ce qu’elle soit la même pour tous les participants. Cela permet de comparer plus facilement les expériences des différents participants entre elles.
Enfin, il est toujours utile de discuter de ces projets avec ses collègues et de recueillir des informations sur ce qui fonctionne généralement et ce qui ne fonctionne pas dans ce genre de contexte. Disposer d’un maximum d’informations vous permet de vous préparer à toute éventualité.
Étude pilote sur le codage comportemental
Une fois toutes ces étapes franchies, il est bien sûr tentant de se lancer directement dans des tests auprès d’un large groupe de participants ; cependant, il est toujours judicieux de commencer par un petit essai pour vérifier que tout fonctionne correctement. Même si les contraintes budgétaires et de temps peuvent limiter l’ampleur des tests réalisables avant l’expérience proprement dite, des essais rapides peuvent néanmoins permettre de recueillir des informations cruciales sur le processus avant de le déployer auprès d’un groupe plus large de participants.
Cette étape vous permet de vérifier si les comportements recherchés se manifestent, si le système de codage est suffisant pour recueillir les données souhaitées, et de résoudre les éventuels problèmes liés au matériel ou à la logistique (tels que l’emplacement de la webcam ou l’accueil des participants).
C’est également l’occasion de réfléchir à la collecte des données à l’aide du système de codage. Est-il suffisamment objectif pour que d’autres chercheurs puissent le suivre sans difficulté, et obtiendraient-ils les mêmes résultats à partir des mêmes données ?
Idéalement, le codage comportemental devrait être effectué par deux personnes (ou plus), afin de pouvoir vérifier la cohérence du codage. Dans le cadre de la recherche universitaire, il est probablement indispensable d’intégrer ces vérifications au processus de collecte des données ; en revanche, pour ceux qui souhaitent obtenir des réponses le plus rapidement possible, il peut être plus judicieux de recourir au codage effectué par une seule personne. En règle générale, au moins 80 % du codage devrait être identique entre les codeurs, bien que ce pourcentage puisse varier [5].
Une fois que vous avez testé (et peut-être même retesté) l’expérience, il est temps de mettre en œuvre le protocole auprès d’un groupe plus large de participants. Le fait d’avoir enregistré les données (avec le consentement des participants, bien sûr) vous permet de revenir en arrière et de les réanalyser si nécessaire.
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Comment analyser et collecter des données comportementales
Le codage comportemental peut être réalisé de nombreuses façons dans iMotions, notamment en collectant les données puis en les annotant selon un schéma de codage après l’enregistrement, ou en annotant les données en temps réel au fur et à mesure de leur réception. Il est possible d’enregistrer à partir de vidéos, de captures d’écran, de flux de webcam et bien plus encore. Des données d’enquête peuvent également être collectées au sein du logiciel, et l’API peut être utilisée pour connecter d’autres flux de données ou outils susceptibles d’être pertinents pour votre recherche.
L’outil d’annotation iMotions est conçu pour marquer des moments clés au cours de l’expérience. Vous pouvez définir des raccourcis clavier pour chaque action spécifique en fonction de vos besoins, puis les saisir simplement au moment où le comportement se produit dans l’enregistrement ou en direct.
Il existe toute une gamme d’outils permettant de faciliter au maximum le codage comportemental au sein du logiciel ; ceux-ci sont présentés plus en détail dans notre article de blog intitulé « Comment effectuer le codage comportemental dans iMotions ».
L’un des principaux avantages du logiciel iMotions réside dans la possibilité d’intégrer un ou plusieurs biocapteurs à votre expérience. Cela peut également contribuer à alléger la charge de travail liée au codage comportemental.
L’analyse des expressions faciales, par exemple, peut porter sur des expressions faciales spécifiques (comme le froncement des sourcils ou les yeux écarquillés) ou sur des émotions plus générales (comme la joie ou la colère).
Les oculomètres peuvent également fournir des informations détaillées sur les processus attentionnels, tandis que l’eEMG permet d’obtenir des données sur les mouvements du corps. Ces données peuvent compléter ou aider à corroborer les résultats du modèle de codage comportemental.
Quelle que soit la manière dont vous décidez de mener votre codage comportemental, il est utile de planifier et de bien se préparer. Le codage comportemental permet de mettre en lumière des comportements que seul l’œil humain est capable de détecter, et de comprendre les êtres humains dans toute leur complexité. C’est pourquoi il s’agit de l’un des outils les plus puissants dont disposent les chercheurs en comportement humain, même soixante ans après ses débuts discrets.
Références
[1] Cannell CF, Fowler FJ, Jr., Marquis KH. L’influence des variables psychologiques et comportementales de l’enquêteur et du répondant sur les réponses fournies lors d’enquêtes auprès des ménages. Vital Health Stat 1 1968 ; 2 : 1–65.
[2] Chorney, J. M., McMurtry, C. M., Chambers, C. T., & Bakeman, R. (2015). Élaboration et modification des schémas de codage comportemental en psychologie pédiatrique : un guide pratique. Journal of pediatric psychology, 40(1), 154–164. https://doi.org/10.1093/jpepsy/jsu099
[3] Harris F. C., Lahey B. B. La réactivité du sujet dans l’évaluation par observation directe : revue et analyse critique. Clinical Psychology Review. 1982 ; 2 : 523-538
[4] Kazdin A. E. Les effets de l’observateur : la réactivité de l’observation directe. Nouvelles orientations pour la méthodologie des sciences sociales et comportementales. 1982 ; 14 : 5-19.
[5] Bakeman R, Quera V. Analyse séquentielle et méthodes d’observation pour les sciences du comportement. New York, NY : Cambridge University Press ; 2011.