Qu'est-ce que le subconscient ?

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Découvrez comment le subconscient influence le comportement grâce à un traitement de l’information à plusieurs niveaux qui échappe à la conscience, façonnant ainsi les actions automatiques, les émotions et les décisions ; découvrez également comment les recherches menées à l’aide de techniques de priming, d’expériences sur les temps de réaction et d’imagerie cérébrale mettent en lumière son rôle dans la perception, l’apprentissage et la prise de décision, tout en soulignant le débat scientifique actuel sur la mesure dans laquelle les processus subconscients jouent un rôle distinct ou prépondérant dans l’orientation de la pensée et du comportement humains au quotidien.

Le subconscient est un aspect fascinant et complexe de nos processus mentaux qui influence nos pensées, nos émotions et notre comportement. Malgré son importance dans la construction de nos expériences, il reste largement méconnu de notre conscience. Dans cet article, nous explorerons le concept du subconscient, ses fonctions et son impact sur nos vies. À travers les dernières recherches et découvertes, nous acquerrons une meilleure compréhension du subconscient et de son rôle dans notre bien-être mental et émotionnel.

Plonger dans l’inconscient

Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez essayé de faire du vélo ?
Savez-vous combien de répétitions il faut pour exécuter une danse à la perfection ?
Avez-vous déjà essayé de maîtriser un nouvel instrument de musique ?

En général, les premières tentatives pour coordonner une nouvelle série de gestes complexes sont toujours difficiles. À mesure que l’on gagne en habileté, ces mouvements nécessitent de moins en moins d’attention consciente, jusqu’à ce que tout se fasse naturellement.

Tous ces mécanismes automatiques sont guidés par l’une des forces intérieures les plus puissantes qui régissent le comportement humain : le subconscient (également appelé « inconscient »).

Dans cet article, nous vous proposons un voyage à la découverte du subconscient, nous passerons en revue certains de ses concepts fondamentaux, nous verrons comment il influence le cerveau et, enfin, nous vous présenterons un guide complet sur la manière de tirer parti du subconscient dans la recherche sur le comportement humain.

Le subconscient : où se cache-t-il ?

Il n’est pas rare d’entendre parler d’actions conscientes et inconscientes lorsque les scientifiques abordent le sujet du cerveau. De ce fait, la plupart d’entre nous ont conscience que notre comportement est moins rationnel que nous ne le pensons.

Que cela nous plaise ou non, notre capacité à contrôler nos pensées, à coordonner nos mouvements ou à ressentir des émotions dépend de la profondeur du traitement de l’information.

L’idée de niveaux plus profonds de traitement de l’information a été développée et étudiée en profondeur par le célèbre psychologue autrichien Sigmund Freud (1856-1939), qui a proposé un modèle de l’esprit à trois niveaux. Selon ce modèle, l’esprit pourrait être divisé en plusieurs niveaux :

Cependant, au-delà de ces concepts fondamentaux, la terminologie précise utilisée pour décrire les différents niveaux de conscience peut souvent faire l’objet de débats. Afin de clarifier ces distinctions essentielles pour vos recherches, penchez-vous sur les termes « inconscient », « non-conscient » ou « subconscient » et sur les cas où il convient de les employer.

Modèle mental à trois niveaux

  • Conscient : désigne toutes les pensées et tous les actes dont nous avons conscience. Par exemple, la beauté et le plaisir procurés par le parfum d'une tulipe rouge
  • Le subconscient désigne l'ensemble des réactions et des actions automatiques dont nous pouvons prendre conscience si nous y réfléchissons. Prenons l'exemple de la conduite automobile : une fois que nous maîtrisons cette activité, nous ne pensons plus à quel rapport enclencher, sur quelle pédale appuyer ou quel rétroviseur regarder, mais nous pouvons toujours nous rappeler ce que nous avons fait dès que nous y réfléchissons.
  • L'inconscient : il englobe tous les événements et souvenirs passés, même si ceux-ci nous sont parfois inaccessibles, quels que soient les efforts que nous déployons pour les faire remonter à la surface. Par exemple, le premier mot que nous avons appris à prononcer, ou la sensation que nous avons éprouvée lorsque nous avons réussi à marcher tout seuls.

La détection scientifique de l’inconscient

À ce jour, la capacité à expliquer comment l’interaction entre différents niveaux de pensée influence notre comportement reste l’un des défis les plus passionnants de la psychologie et des neurosciences. Si les idées de Freud sur l’inconscient se sont finalement révélées dépassées, elles constituent néanmoins un point de départ utile pour introduire le concept des différents niveaux de traitement de l’information.

Pour comprendre comment un niveau de pensée en influence un autre, les scientifiques doivent être capables de distinguer les différentes couches de l’esprit.

Il arrive souvent que les niveaux de traitement de l’information puissent être mis en évidence à l’aide de paradigmes de priming. Par exemple, une étude psychologique a montré comment des indices non pertinents influencent l’apprentissage et a suggéré que l’effet des pensées conscientes, subconscientes et inconscientes peut être modélisé en faisant varier la durée de présentation de visages exprimant des émotions.

Temps nécessaire à l'inconscient pour percevoir les expressions faciales
Des études montrent qu’il nous faut au moins 0,047 seconde pour percevoir les expressions faciales sur une image

Dans cette expérience, on a présenté aux participants une série de photos de visages humains et on leur a demandé de déterminer si l’expression faciale sur une photo précédente reflétait la même émotion.

Il est intéressant de noter que les résultats ont montré que les participants étaient capables de distinguer correctement les différentes expressions faciales lorsque les images étaient affichées pendant au moins 0,047 seconde. Lorsque la durée d’affichage des images a été réduite à 0,027-0,033 seconde, le taux de réponses correctes a chuté de près de moitié. En revanche, les participants n’étaient plus en mesure de distinguer les expressions faciales lorsque la durée de présentation du stimulus était encore réduite, à 0,020 seconde.

Ainsi, les recherches ont mis en évidence une distinction claire entre l’influence consciente et inconsciente des pensées : les participants n’étaient capables de donner des réponses sans erreur que lorsque l’image atteignait le niveau de la conscience. Plus surprenant encore, la durée d’exposition aux images, comprise entre 0,027 et 0,033 seconde, ne suffisait pas pour permettre la verbalisation du stimulus au niveau de la conscience, mais exerçait néanmoins une influence mesurable sur le comportement.

Plus précisément, le taux de réponses correctes n’a diminué que de moitié, ce qui signifie que les participants étaient encore partiellement capables de donner des réponses correctes et que cela indiquait la présence de l’inconscient.

Activation de certaines zones du cerveau

Vous vous demandez peut-être si l’activation cérébrale diffère selon que nous sommes sous l’influence de l’inconscient ou de la conscience. Vous aimeriez peut-être savoir pourquoi les pensées conscientes sont souvent traitées plus lentement que les pensées inconscientes.

Ou bien on pourrait se demander si les scientifiques sont capables de définir les mécanismes précis qui sous-tendent des concepts aussi subtils que la pensée subconsciente.

les régions du cerveau
Les régions du cerveau humain

Jusqu’à récemment, il était impossible de déterminer où, dans le cerveau, ces processus cognitifs se déroulaient, ni de visualiser les zones spécifiques d’activation cérébrale. Cependant, les techniques d’imagerie cérébrale permettent aux chercheurs d’étudier les voies de traitement cognitif en leur offrant la possibilité de visualiser les changements qui s’opèrent au sein du cerveau.

Aujourd’hui, les recherches en imagerie cérébrale ont effectivement confirmé ce modèle de l’esprit et suggéré que la profondeur de la pensée dépend de la voie de traitement empruntée. Plus précisément, des études (étude 1, étude 2) ont montré qu’il est possible de distinguer les voies empruntées par les pensées conscientes et inconscientes.

En revanche, le cheminement de l’inconscient est difficile à définir. En effet, les pensées inconscientes ne semblent pas suivre un circuit de traitement qui leur soit propre. Elles empruntent plutôt des éléments des deux voies de traitement de l’information : la voie consciente et la voie inconsciente.

À la découverte des profondeurs de l’inconscient : un aperçu des recherches actuelles

Le subconscient, un concept qui intrigue les psychologues et les neuroscientifiques depuis des décennies, connaît actuellement un regain d’intérêt dans le domaine de la recherche scientifique. Les progrès récents en neuroimagerie et en sciences cognitives ont commencé à faire la lumière sur cette partie énigmatique de la psyché humaine, révélant son influence profonde sur la créativité, la prise de décision et l’apprentissage. Cette section se penche sur des études novatrices qui mettent en lumière les vastes capacités et les complexités du subconscient.

L’une des étapes décisives de la recherche récente a été l’étude menée par John-Dylan Haynes au Centre Bernstein pour les neurosciences computationnelles de Berlin. Les travaux de Haynes ont révélé que l’activité cérébrale permettait de retracer les décisions jusqu’à 10 secondes avant que les individus n’en aient conscience. Cette découverte remet en question la conception traditionnelle du subconscient, considéré comme un simple « pilote automatique » du cerveau, et suggère qu’il joue un rôle central dans la danse complexe de la prise de décision [1].

En approfondissant l’étude des capacités du subconscient, le Dr Aurelio Cortese et une équipe de l’Institut international de recherche avancée en télécommunications de Kyoto ont démontré que des individus pouvaient apprendre à faire des choix rationnels en s’appuyant sur leur activité cérébrale non consciente. Cette étude, qui reposait sur une procédure d’apprentissage simple par essais et erreurs, met en évidence la capacité d’adaptation du subconscient et son potentiel à exploiter des compétences « en sommeil » [2].

De plus, les travaux du Dr Stanislas Dehaene, directeur de l’Unité de neuroimagerie cognitive à l’INSERM, en France, ont mis en évidence avec brio l’interaction entre les pensées inconscientes et conscientes. Ses expériences ont démontré que le subconscient pouvait traiter certaines informations – telles que les mots chargés d’émotion – plus rapidement que le conscient, ce qui a permis de mieux comprendre comment le traitement subconscient influence nos perceptions et nos réactions [3].

Ces études ne marquent que le début d’un parcours visant à comprendre le subconscient. Elles remettent non seulement en question nos idées préconçues sur le subconscient, mais ouvrent également de nouvelles voies pour explorer la manière dont cette partie de notre cerveau façonne nos pensées, nos comportements et notre créativité. À mesure que la recherche continue d’évoluer, nous pourrions bien être sur le point de libérer tout le potentiel du subconscient, ce qui pourrait avoir des répercussions positives sur l’apprentissage, la résolution de problèmes et la prise de décision.

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Repenser le subconscient : une perspective critique

La croyance largement répandue selon laquelle l’inconscient exercerait un pouvoir écrasant sur nos décisions et nos actions est aujourd’hui remise en question de manière rigoureuse. En s’appuyant sur les conclusions des recherches menées par le professeur Ben Newell à la faculté de psychologie de l’UNSW et sur son ouvrage coécrit, *Open Minded: Searching for Truth about the Unconscious Mind* (Open Minded: Searching for Truth about the Unconscious Mind, par Ben R. Newell et David R. Shanks, https://doi.org/10.7551/mitpress/14922.001.0001)), coécrit avec le professeur David Shanks de l’University College London, un nouveau discours émerge. Ce discours remet en question l’hypothèse de longue date selon laquelle l’inconscient exercerait une influence dominante sur le comportement humain et les processus décisionnels.

Points clés :

  1. Une nouvelle approche de l'inconscient : L'idée traditionnelle selon laquelle notre inconscient exercerait une influence considérable sur nos jugements, nos décisions et nos choix est ici remise en question. Newell et Shanks soutiennent que l'impact de l'inconscient a été surestimé dans la pensée psychologique contemporaine, et remettent en cause les preuves étayant ces affirmations.
  2. Le conscient plutôt que l'inconscient : Contrairement à l'idée reçue, Newell avance que notre esprit conscient joue un rôle plus déterminant qu'on ne le pensait auparavant. Cette perspective renverse le schéma habituel, selon lequel nous serions sous le contrôle de notre inconscient, pour nous présenter comme les auteurs conscients de nos actes, mettant ainsi l'accent sur le pouvoir de la prise de conscience et du choix délibéré.
  3. Le charme de l'inconscient : L'idée selon laquelle notre cerveau prend des décisions à notre place à un niveau inconscient est indéniablement séduisante. Cependant, Newell nous invite à considérer le cerveau comme un système cohérent sous notre contrôle, plutôt que de le compartimenter en processus conscients et inconscients.

Cette évolution dans la compréhension nécessite une analyse nuancée de la manière dont les processus conscients et inconscients interagissent et influencent le comportement humain. Elle invite à repenser les dichotomies traditionnelles entre le conscient et l’inconscient, suggérant une vision plus intégrée de l’esprit.

Pour ceux que passionne le débat en constante évolution sur l’influence respective de l’inconscient et du conscient sur nos vies, l’ouvrage du professeur Newell, *Open Minded: Searching for Truth about the Unconscious Mind*, propose une analyse approfondie de ces complexités. Le débat sur le pouvoir de l’inconscient est loin d’être clos, mais les recherches de Newell fournissent des arguments convaincants pour repenser son rôle dans notre quotidien.

Pour aller plus loin :

Une méthode plus simple pour exploiter le pouvoir de l’inconscient

Si vous souhaitez comprendre comment la pensée subconsciente peut influencer le comportement, vous pourriez vouloir en définir l’influence. Même si peu d’entre nous ont accès à des laboratoires de recherche et disposent des fonds nécessaires pour mener ce type d’études, il est tout de même possible d’explorer et d’étudier le subconscient.

Pour y remédier, iMotions propose une plateforme de pointe permettant de relever ces défis liés à la recherche. Veuillez consulter ce lien pour plus d’informations.

Références

Bargh, J. A., & Morsella, E. (2008). L’inconscient. Perspectives on psychological science, 3(1), 73-79.

Horga, G., & Maia, T. V. (2012). Processus conscients et inconscients dans le contrôle cognitif : une perspective théorique et une nouvelle approche empirique. Frontiers in Human Neuroscience, 6.

Meneguzzo, P., Tsakiris, M., Schioth, H. B., Stein, D. J., & Brooks, S. J. (2014). Les stimuli subliminaux et supraliminaux activent des réponses neuronales dans le cortex cingulaire antérieur, le gyrus fusiforme et l’insula : une méta-analyse d’études IRMf. BMC Psychology, 2(1), 1.

Stephan, K. M., Thaut, M. H., Wunderlich, G., Schicks, W., Tian, B., Tellmann, L., … & Hömberg, V. (2002). Synchronisation sensorimotrice consciente et subconsciente : le cortex préfrontal et l’influence de la conscience. Neuroimage, 15(2), 345-352.

Watanabe, N., & Haruno, M. (2015). Effets des émotions inconscientes et conscientes sur l’apprentissage de l’association stimulus-récompense chez l’être humain. Scientific Reports, 5.

  1. Chun Siong Soon, Marcel Brass, Hans-Jochen Heinze & John-Dylan Haynes
    , « Unconscious determinants of free decisions in the human brain »,
    Nature Neuroscience, 13 avril 2008. https://doi.org/10.1038/nn.2112
  2. Cortese, A., Lau, H. & Kawato, M. Unconscious reinforcement learning of hidden brain states supported by confidence. Nat Commun 11, 4429 (2020). https://doi.org/10.1038/s41467-020-17828-8
  3. Med Sci (Paris) 2006 ; 22 : 702–704, Le contenu émotionnel des mots peut moduler leur accès à la conscience, Raphaël Gaillard, Antoine Del Cul, Lionel Naccache, et Stanislas Dehaene, https://doi.org/10.1051/medsci/20062289702

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