Ce document présente une vue d’ensemble des théories sur les émotions. Il explore diverses perspectives visant à expliquer la nature des émotions. De la théorie de James-Lange à celle de Cannon-Bard, cette introduction offre un aperçu complet du domaine fascinant des théories émotionnelles.
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Même si les émotions sont notoirement difficiles à définir, on ne peut guère nier qu’elles jouent un rôle considérable dans nos vies. Elles déterminent souvent la manière dont nous interagissons avec le monde, influencent nos perceptions lorsque nous sommes confrontés à de nouveaux stimuli et façonnent également la façon dont nous y prêtons attention[1].
Les émotions peuvent donc se présenter comme des informations qui guident notre interaction avec le monde ; elles peuvent restreindre ou élargir nos comportements en fonction de la situation (par exemple, la peur peut nous pousser à nous replier sur nous-mêmes et à adopter un comportement d’évitement [2], sans doute comme mécanisme visant à éviter d’éventuelles expériences négatives).
Les émotions jouant un rôle si central dans la manière dont nous percevons le monde et interagissons avec lui, il n’est pas surprenant que les psychologues aient élaboré plusieurs théories sur la manière dont elles naissent et influencent notre pensée. Nous abordons ci-dessous plusieurs grandes théories sur les émotions qui occupent désormais une place centrale dans le domaine de la recherche sur le comportement humain.
La théorie de James
Il s’agit de l’une des premières théories formelles sur les émotions, élaborée entre 1884 et 1885 par William James et Carl Lange (et donc parfois appelée « théorie de James-Lange »). Cette théorie postule que les émotions peuvent être dissociées des réactions physiologiques aux événements.
Selon eux, le processus commence par un stimulus qui déclenche une réaction physique ; lorsque l’individu ressent ces changements physiologiques, il les perçoit également comme une émotion.

On considérait (et on considère encore souvent) que les émotions précèdent les réactions physiologiques ; cette théorie a joué un rôle déterminant en renversant cette idée reçue et en affirmant que les réactions physiologiques pouvaient être à l’origine des réactions émotionnelles.
Si cette théorie a constitué une première étape vers une compréhension des émotions allant au-delà des apparences, elle se heurte toutefois à plusieurs limites qu’elle ne parvient pas à expliquer. Parmi les critiques les plus virulentes, on peut citer celles de Walter Cannon, qui a souligné que les réactions physiologiques ne sont pas strictement spécifiques à certaines émotions (par exemple, la colère et la peur peuvent toutes deux entraîner une accélération du rythme cardiaque, mais ce sont des émotions très différentes).
De plus, il a été démontré que l’injection d’adrénaline, qui accélère le rythme cardiaque, ne provoque des émotions spécifiques que lorsqu’elle s’accompagne de stimuli cognitifs [4], ce que la théorie de James-Lange ne prend pas en compte.
Théorie des deux facteurs
Stanley Schachter et Jerome Singer ont mené l’étude sur l’adrénaline mentionnée plus haut, puis s’en sont inspirés pour élaborer, en 1964, la théorie des deux facteurs de l’émotion [4]. Selon cette théorie, les émotions sont ressenties à l’issue d’une chaîne d’événements qui commence par des changements physiologiques, se poursuit par l’attribution cognitive de la source de ces changements, et aboutit enfin à l’émotion elle-même.
Cette théorie s’appuie sur la théorie de James-Lange en tenant compte de l’ambiguïté potentielle liée à l’apparition de changements physiologiques (tels que l’accélération du rythme cardiaque associée à la colère ou à la peur, comme mentionné plus haut). Ces changements sont plutôt interprétés en fonction du contexte et de l’environnement dans lesquels se trouve l’individu, et c’est sur cette base qu’une émotion est attribuée.

Cette théorie a été remise en cause par des études démontrant que les émotions peuvent être modulées, même lorsqu’un individu n’est pas en mesure d’attribuer consciemment une signification cognitive au stimulus. Une étude menée par William Kunst-Wilson et Robert Zajonc a révélé que les participants étaient capables d’opérer une discrimination affective des stimuli même lorsqu’ils ne parvenaient pas à deviner la nature de ces derniers avec une précision supérieure au hasard [5].
Cela a montré que l’attribution cognitive pouvait toujours donner lieu à une interprétation chargée d’émotion d’un stimulus, même lorsque le contexte et l’environnement n’indiquaient pas consciemment comment cette interprétation devait être effectuée.
Théories de l’évaluation des émotions
S’appuyant sur la complexité de la théorie à deux facteurs, plusieurs théories de l’évaluation des émotions (par exemple, Smith et Ellsworth, 1985, ou Roseman, 1996) ont vu le jour, qui tentent d’offrir une explication complète de la formation des émotions. En écartant la nécessité d’une évaluation cognitive consciente, ces théories fournissent une base permettant d’expliquer pourquoi des phénomènes tels que l’intensification des émotions positives face à des stimuli non identifiables se produisent.
Contrairement aux modèles susmentionnés, les théories de l’évaluation des émotions trouvent leur origine dans des sources multiples et ont pris des formes très variées. Il en résulte qu’aucune théorie de l’évaluation ne s’est imposée comme la référence absolue dans la compréhension des émotions, mais qu’il existe au contraire plusieurs théories concurrentes.
S’il existe des différences, il y a bien sûr aussi des points communs. Les théories de l’évaluation des émotions intègrent des attributions cognitives inconscientes, ainsi que des facteurs motivationnels et des informations physiologiques. Chacun de ces éléments s’associe aux autres pour déterminer un état émotionnel en réponse à un stimulus. La manière dont ces composantes s’articulent dépend de la théorie de l’évaluation considérée.

L’une des contributions majeures aux théories de l’évaluation des émotions est venue de Richard Lazarus, qui a défini deux aspects supplémentaires de l’évaluation émotionnelle : l’évaluation de l’importance de l’événement et l’évaluation de la capacité de l’individu à y réagir. Ces évaluations constituent un cadre de référence à partir duquel l’individu réagit aux stimuli qui suscitent des émotions.
These appraisals are fundamental to understanding human emotional responses and subsequent behavior. For a deeper dive into methodologies and tools to effectively study these phenomena, explore our behavioral research resources.
Théories des émotions fondées sur les réseaux
Les théories les plus récentes sur les émotions se sont appuyées sur les théories de l’évaluation des émotions et les principes du behaviorisme pour élaborer une conception plus complexe et plus nuancée des émotions. Le behaviorisme est une théorie psychologique formalisée et développée par Burrhus Skinner, selon laquelle les comportements peuvent être modulés en fonction de la valence des stimuli (les comportements peuvent être renforcés ou punis afin d’augmenter ou de réduire leur fréquence, respectivement).
Les théories des réseaux partent du principe que le renforcement et la punition des comportements contribuent progressivement à accroître la complexité du processus par lequel les émotions se développent en réponse à des stimuli. Des « nœuds » mémoriels se créent, contenant toute une série d’informations relatives à la valence d’un stimulus ; ces nœuds peuvent être enrichis à mesure que de nouvelles informations apparaissent et que de nouveaux stimuli sont rencontrés, ce qui aboutit finalement à la formation d’un réseau de réponses.

Théorie de l’émotion fondée sur le retour facial
L’un des mécanismes permettant la construction des réseaux émotionnels est le retour d’information ; celui-ci peut se manifester de multiples façons, mais l’un des principaux vecteurs est celui des expressions faciales. La théorie du retour d’information facial sur les émotions s’intéresse à la manière dont nos propres expressions faciales influencent nos expériences émotionnelles.
Des recherches ont montré que les expressions faciales peuvent renforcer les sentiments de bonheur ou d’humour en fonction des mouvements musculaires correspondants. Une étude menée par Strack et al. (1988) [6] a démontré que les participants à qui l’on avait demandé de contracter leurs muscles faciaux pour esquisser un sourire (sous le couvert d’une histoire de couverture qui ne mentionnait pas les réactions émotionnelles) étaient nettement plus enclins à faire état d’un niveau d’amusement plus élevé face à un dessin humoristique que les groupes témoins.

L’étude de Strack n’a depuis lors pas pu être reproduite, mais d’autres travaux ont également exploré cette même hypothèse. Les participants à une étude menée par Hennenlotter et al. (2009)[7] ont reçu des injections de Botox dans les muscles associés au froncement des sourcils (le corrugateur des sourcils). On a constaté chez eux une activation relativement réduite des zones cérébrales associées au traitement des émotions lorsqu’ils tentaient de froncer les sourcils, ce qui suggère que le mouvement des muscles faciaux explique au moins en partie l’émotion généralement suscitée.
Cela montre bien l’importance que peuvent revêtir les expressions faciales dans notre vie émotionnelle : qu’il s’agisse de l’interprétation des expressions faciales des autres ou de la perception de nos propres expressions, elles jouent manifestement un rôle déterminant dans ce que nous ressentons.
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Références :
[1] Zadra JR, Clore GL. Émotions et perception : le rôle des informations affectives. Wiley Interdiscip Rev Cogn Sci. 2011 ; 2(6) : 676-685. doi:10.1002/wcs.147
[2] Thierry Steimer (2002) « La biologie des comportements liés à la peur et à l’anxiété ». Dialogues in clinical neuroscience, vol. 4, n° 3 (2002) : 231-249.
[3] STANLEY SCHACHTER & JEROME E. SINGER (1962) DÉTERMINANTS COGNITIFS, SOCIAUX ET PHYSIOLOGIQUES DE L’ÉTAT ÉMOTIONNEL. Psychological Review, vol. 69, n° 5
[4] Stanley Schachter (1964) « L’interaction entre les déterminants cognitifs et physiologiques de l’état émotionnel »1. Advances in Experimental Social Psychology
, volume 1, 1964, pages 49-80
[5] William Raft Kunst-Wilson et R. B. Zajonc (1980) « Discrimination affective de stimuli non reconnaissables ». Science, nouvelle série, vol. 207, n° 4430 (1er février 1980), p. 557-558
[6] Strack F, Martin LL, Stepper S (1988). Facteurs inhibiteurs et facilitateurs du sourire humain : une évaluation non intrusive de l’hypothèse du retour facial. J Pers Soc Psychol. Mai 1988 ; 54(5) : 768-77. doi : 10.1037//0022-3514.54.5.768. PMID : 3379579.
[7] Hennenlotter A, Dresel C, Castrop F, Ceballos-Baumann AO, Wohlschläger AM, Haslinger B. (2009) Le lien entre le retour facial et l’activité neuronale au sein des circuits centraux de l’émotion : nouveaux enseignements tirés de la dénervation des muscles froncés induite par la toxine botulique. Cereb Cortex. Mars 2009 ; 19(3) : 537-42. doi: 10.1093/cercor/bhn104.