Les émotions humaines sont complexes, et les experts ne s’accordent pas sur leur nombre exact. Des théories telles que les six émotions fondamentales d’Ekman, la roue de Plutchik et les modèles dimensionnels explorent les expressions émotionnelles, les variations culturelles et les réactions physiologiques. Les émotions s’expriment à travers le corps, l’esprit et le comportement, façonnant les expériences, les décisions et les interactions sociales de manière à la fois universelle et unique.
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Quelles sont nos émotions fondamentales ?
Les émotions sont au cœur de l’expérience humaine, mais les experts ne s’accordent pas sur leur nombre exact. Certaines théories se concentrent sur un petit ensemble d’émotions fondamentales, tandis que d’autres reconnaissent des dizaines d’états émotionnels distincts. Quel que soit leur nombre total, la plupart des modèles s’accordent à dire qu’une poignée d’émotions fondamentales sont communes à tous les êtres humains et se traduisent par des expressions reconnaissables dans toutes les cultures.
Ces émotions fondamentales déclenchent des changements coordonnés dans notre esprit et notre corps, allant des réactions physiologiques (comme le rythme cardiaque ou les hormones) aux sentiments psychologiques et aux manifestations comportementales. Dans cet article, nous explorerons les principaux modèles psychologiques des émotions, notamment les émotions fondamentales de Paul Ekman, la roue des émotions de Plutchik et les modèles dimensionnels, et nous examinerons comment ces émotions sont universellement reconnues tout en s’exprimant avec des variations individuelles et culturelles. Nous décrirons également comment les émotions fondamentales se manifestent en termes de réactions corporelles, d’expérience subjective et de comportement.
Les émotions fondamentales de Paul Ekman (théorie des émotions distinctes)
Un cadre théorique influent a été élaboré par le psychologue Paul Ekman, qui a identifié un ensemble d’émotions fondamentales à partir d’études interculturelles sur les expressions faciales. À l’origine, Ekman avait proposé six émotions universelles : la colère, la surprise, le dégoût, la joie (le bonheur), la peur et la tristesse.
Ces émotions sont systématiquement apparues dans les recherches : par exemple, des personnes issues de cultures très différentes ont su identifier ces sentiments de manière fiable à partir de photos représentant des expressions faciales. Les études classiques menées par Ekman dans les années 1960 et 1970 (notamment auprès de tribus isolées de Nouvelle-Guinée) ont démontré que ces six expressions faciales sont universellement reconnues par tous les groupes humains.
Chaque émotion fondamentale est associée à une expression faciale distincte (la joie s’accompagne d’un sourire, la surprise d’un haussement de sourcils, la peur d’un regard écarquillé, etc.) et tend à être déclenchée par certains types d’événements ou de stimuli. Ekman a par la suite mis en évidence une septième émotion fondamentale, le mépris, qui se traduisait également par une expression faciale unique.
On considère que les émotions fondamentales d’Ekman sont innées et adaptées sur le plan évolutif. Par exemple, la peur nous aide à réagir face à des menaces (avec une « expression de peur » caractéristique, les yeux écarquillés et la bouche ouverte, qui pourrait améliorer la perception sensorielle), tandis que le dégoût (avec le nez plissé) aide à expulser ou à éviter les substances nocives.

La colère nous prépare à affronter les obstacles, et la tristesse peut susciter un soutien social. Il est important de noter qu’Ekman a souligné que, si ces émotions fondamentales sont innées, les « règles d’expression » culturelles influencent la manière dont les gens les manifestent et le moment où ils le font. Par exemple, dans certaines cultures, les gens peuvent réprimer leur colère en public ou éviter de montrer leur tristesse à des inconnus.
Pour autant, les schémas faciaux sous-jacents à ces émotions sont universels, même si nous apprenons à moduler nos expressions. En résumé, la théorie d’Ekman propose donc un petit nombre de catégories d’émotions fondamentales, qui ont chacune des expressions distinctes et sont reconnues partout dans le monde, offrant ainsi un fondement biologique aux émotions humaines.
Indicateurs clés pour les six émotions fondamentales d’Ekman
Ce document au format Markdown présente les six émotions fondamentales d’Ekman ainsi que certains marqueurs faciaux clés associés à chacune d’entre elles. Ces marqueurs sont souvent décrits à l’aide du Facial Action Coding System (FACS), bien que le tableau ci-dessous ait été simplifié pour plus de clarté.
| Émotion | Manifestations faciales (indicateurs clés) |
| Colère | – Sourcils froncés et rapprochés (muscle corrugateur des sourcils) – Contraction ou tension des paupières inférieures – Lèvres fermement serrées ou légèrement entrouvertes, formant un carré – Les narines peuvent se dilater, la mâchoire peut se crisper |
| Dégoût | – Plis ou « plissement » de la partie supérieure du nez – Lèvre supérieure relevée, laissant parfois apparaître les dents du haut – Lèvre inférieure pouvant être légèrement avancée – Joues gonflées et léger plissement des yeux |
| La peur | – Sourcils relevés et rapprochés, formant des rides au milieu du front – Paupières supérieures relevées, yeux grands ouverts (laissant apparaître davantage de sclère) – Lèvres légèrement entrouvertes ou coins tirés vers l’arrière en une grimace – Paupières inférieures tendues (provoquant parfois une légère « grimace de peur ») |
| Bonheur (Joie) | – Les coins de la bouche sont tirés vers l’arrière et vers le haut en un sourire – Les joues sont relevées, ce qui provoque de légères rides (« pattes d’oie ») autour des coins extérieurs des yeux – Les paupières inférieures peuvent être détendues – Un sourire sincère (de Duchenne) fait intervenir à la fois le muscle zygomatique majeur et le muscle orbiculaire de l’œil |
| Tristesse | – Les coins intérieurs des sourcils sont relevés (muscle frontal, partie interne) – Les paupières peuvent sembler tombantes ou légèrement fermées – Les coins de la bouche sont tirés vers le bas – Les sillons nasogéniens sont souvent plus marqués, et le visage peut paraître « allongé » ou alourdi |
| Surprise | – Les sourcils sont fortement relevés, formant des rides horizontales sur le front – Les yeux sont grands ouverts (paupière supérieure relevée, paupière inférieure détendue) – La mâchoire s’entrouvre légèrement (bouche grande ouverte) – Cette expression est généralement de courte durée avant de laisser place à une autre émotion |
Remarque :
- Les mouvements musculaires précis peuvent varier selon les individus et le contexte, mais ces caractéristiques sont généralement associées à chaque émotion fondamentale.
- Les sourires de Duchenne (associés à un bonheur sincère) font intervenir à la fois la bouche (muscle zygomatique majeur) et les yeux (muscle orbiculaire des yeux), tandis qu'un sourire non-Duchenne (parfois qualifié de « poli ») peut ne faire intervenir que la bouche.
- Ekman a par la suite ajouté le mépris à sa liste des émotions fondamentales ; cependant, de nombreux ouvrages de référence classiques continuent de se concentrer sur ces six émotions.
La roue des émotions de Plutchik (modèle psycho-évolutif)
Un autre modèle majeur a été proposé par le psychologue Robert Plutchik, qui a identifié huit émotions primaires disposées en paires opposées sur un cercle chromatique. Les émotions fondamentales de Plutchik sont la joie, la confiance, la peur, la surprise, la tristesse, le dégoût, la colère et l’anticipation — en somme, un ensemble de huit sentiments de base qui se combinent pour former des émotions plus complexes. Chaque émotion a son opposé (joie vs tristesse, confiance vs dégoût, peur vs colère et surprise vs anticipation), et Plutchik les a représentées dans un diagramme circulaire souvent appelé la roue des émotions. Le format de la roue illustre comment les émotions peuvent se mélanger et varier en intensité.

Le modèle de Plutchik est psycho-évolutif, ce qui signifie qu’il relie chaque émotion à un comportement adaptatif d’un point de vue évolutif. Par exemple, la peur correspond à l’instinct de fuite, la colère à l’instinct de combat, la confiance/acceptation à l’affiliation, et le dégoût au rejet (le fait de recracher quelque chose).
La roue des émotions ne se contente pas de classer huit émotions fondamentales, elle montre également comment celles-ci interagissent. Les émotions adjacentes sur la roue peuvent se fondre pour former de nouveaux sentiments (Plutchik a appelé ces combinaisons des « dyades »). Par exemple, joie + confiance = amour (une dyade primaire), et tristesse + dégoût = remords. Les émotions situées directement en face l’une de l’autre sont des opposés qui ne se mélangent pas (par exemple, la colère est l’opposé de la peur, il n’y a donc pas de mélange entre la colère et la peur sur la roue).
Plutchik a également mis l’accent sur l’intensité : chaque émotion primaire peut se manifester avec une intensité variable. Une forme modérée de colère peut être l’agacement, tandis qu’une forme extrême est la rage. De même, sérénité → joie → extase représentent des niveaux croissants de bonheur. En tenant compte des combinaisons et des intensités, le modèle de Plutchik étend le nombre d’émotions distinctes bien au-delà de huit ; en fait, il a décrit 24 « dyades » (mélanges de deux émotions) et des combinaisons encore plus vastes, illustrant ainsi le riche spectre des sentiments humains.
La roue de Plutchik offre un moyen saisissant de visualiser les émotions : une roue chromatique des sentiments où les émotions fondamentales correspondent aux couleurs primaires. Elle souligne que, même si nous disposons d’un ensemble d’émotions fondamentales, notre vie émotionnelle réelle est complexe et nuancée : tout comme les couleurs se mélangent pour créer de nouvelles nuances, nos émotions fondamentales se combinent pour former la myriade d’émotions que nous ressentons.
Modèles dimensionnels des émotions (modèle du circumplex)
Tous les psychologues ne classent pas les émotions en catégories distinctes ; une autre approche consiste à décrire les émotions selon des dimensions continues. Les modèles dimensionnels soutiennent que ce que nous appelons des « émotions » spécifiques ne sont que des points situés dans un espace émotionnel plus vaste.
Un exemple bien connu est le modèle circulaire des affects de Russell, qui représente les émotions sur un cercle bidimensionnel défini par : (1) la valence – le caractère positif ou négatif de l’émotion, et (2) l’excitation – le niveau d’activation physiologique ou d’intensité (élevé ou faible). Dans cette perspective, les émotions ne sont pas des îlots totalement distincts, mais des gradients sur une carte.
Par exemple, « heureux » et « satisfait » ont tous deux une valence positive, mais « heureux » correspond à un niveau d’excitation plus élevé (plus énergique), tandis que « satisfait » correspond à un niveau d’excitation plus faible (plus calme). La peur et la colère ont toutes deux une valence négative et une excitation élevée (une personne effrayée et une personne enragée sont toutes deux très activées, bien que de manière différente), tandis que la tristesse a une valence négative mais souvent une faible excitation (déprimé, peu d’énergie). Des émotions telles que l’excitation (forte excitation, positive) ou l’ennui (faible excitation, négative) trouvent leur place dans d’autres quadrants de cet espace à deux axes.
Dans une approche dimensionnelle, il n’existe pas de nombre fixe d’émotions « fondamentales » ; il s’agit plutôt d’un continuum d’états émotionnels. Par exemple, « l’anxiété » pourrait être un état modérément stimulant et modérément désagréable, à mi-chemin entre le calme et la peur. La « joie » pourrait être très agréable et assez stimulante, proche de la joie mais avec une touche de surprise. Les dimensions étant continues, on peut théoriquement cartographier une variété infinie de nuances émotionnelles.
Cela dit, les théoriciens dimensionnels reconnaissent que notre langage utilise des étiquettes distinctes, et que certaines zones de la carte correspondent aux émotions fondamentales que nous connaissons bien (par exemple, un groupe de points situés autour de la zone « forte excitation-négatif » pourrait correspondre à la colère ou à la peur, etc.).

Certains modèles intègrent une troisième dimension, telle que la domination/le contrôle (comme dans le modèle PAD : plaisir, excitation, domination), qui rend compte du sentiment de contrôle ou de soumission que l’on éprouve lors de l’émotion. Par exemple, la colère et la peur sont toutes deux des émotions négatives à forte excitation, mais la colère présente un niveau de domination élevé (sentiment de contrôle ou d’agressivité), tandis que la peur présente un faible niveau de domination (sentiment d’être contrôlé par les circonstances).
Dans l’ensemble, les modèles dimensionnels mettent en évidence le fait que les émotions sont interdépendantes et s’inscrivent dans un continuum, plutôt que de constituer des entités totalement distinctes. Ils sont particulièrement utiles pour illustrer les nuances et les mélanges de sentiments (par exemple, des états intermédiaires tels que l’amertume teintée de joie ou l’excitation mêlée d’anxiété).
Cette approche vient compléter les modèles catégoriels d’Ekman et de Plutchik en offrant un angle d’approche différent : au lieu de se demander « de quelle émotion fondamentale s’agit-il ? », l’approche dimensionnelle pose la question suivante : « où se situe cette émotion dans l’espace défini par la valence et l’excitation ? ». Ces deux perspectives nous aident à comprendre la riche palette des émotions humaines.
Émotions universelles et variations culturelles
Si les différents modèles définissent les émotions de diverses manières, ils reconnaissent tous un ensemble d’émotions fondamentales qui semblent universelles. Les recherches corroborent fortement l’idée que certaines émotions (et leurs expressions) sont communes à tous les êtres humains. Comme indiqué plus haut, les six (ou sept) émotions fondamentales d’Ekman s’accompagnent d’expressions faciales distinctes, reconnues dans toutes les cultures. Même les personnes issues de sociétés isolées, n’ayant jamais été exposées aux médias occidentaux, ont pu identifier les expressions de joie, de colère, de peur, etc., et reproduire des expressions similaires dans des contextes appropriés.
Cela suggère une origine biologique : ces émotions fondamentales ont été façonnées par l’évolution et se retrouvent donc dans toutes les populations humaines. En effet, les psychologues les qualifient souvent d’« émotions universelles ». On considère que chacune de ces émotions universelles s’accompagne de signes physiologiques et de comportements expressifs distinctifs qui remplissent des fonctions adaptatives (par exemple, le regard écarquillé de la peur renforce la vigilance, tandis que la grimace du dégoût réduit l’inhalation de substances nauséabondes).

Cependant, affirmer que les émotions sont universelles ne signifie pas pour autant qu’elles soient vécues ou exprimées exactement de la même manière par tout le monde. L’expression des émotions fait l’objet de variations culturelles et individuelles considérables. Tous les êtres humains ressentent de la colère, de la joie, de la tristesse, etc., mais la manière dont nous exprimons ou régulons ces sentiments peut varier considérablement. Paul Ekman, déjà mentionné, a également introduit le concept de « règles culturelles d’expression » : des règles acquises socialement concernant la manière de montrer ses émotions. Chaque culture a ses propres normes quant aux émotions qu’il est approprié d’exprimer ouvertement, à qui et dans quel contexte.
Par exemple, au Japon, il est courant de dissimuler ses sentiments négatifs en public afin de préserver l’harmonie du groupe, alors que dans certaines cultures méditerranéennes ou latines, l’expression ouverte de la joie comme de la colère peut être mieux acceptée. L’intensité et l’expression extérieure des émotions peuvent varier d’une personne à l’autre et d’une culture à l’autre. Une culture peut encourager le stoïcisme (en minimisant les manifestations de douleur ou de tristesse), tandis qu’une autre encourage l’expression émotionnelle comme signe de sincérité. Ces variations sont des différences superficielles dans l’expression, et non dans la capacité sous-jacente à ressentir l’émotion : la capacité émotionnelle fondamentale est universelle chez l’être humain, mais sa manifestation est façonnée par le contexte social.
Outre la culture, d’autres facteurs tels que les rôles de genre et le tempérament individuel influencent l’expression des émotions. Par exemple, dans certaines sociétés, les hommes peuvent être conditionnés à réprimer leurs larmes (tristesse) en raison des normes de genre, tandis que les femmes peuvent être stigmatisées lorsqu’elles expriment leur colère. Malgré ces différences, des études montrent que, lorsqu’elles sont sincères, les contractions musculaires faciales associées aux émotions fondamentales sont très similaires d’un groupe à l’autre, ce qui suggère qu’au niveau biologique, nous parlons tous le même « langage émotionnel » à travers les expressions faciales, même si nous cachons ou modifions parfois ces expressions. En résumé, les émotions fondamentales sont bien définies et universellement reconnues en termes de schémas faciaux et physiologiques, mais il existe une variété infinie dans la manière dont les gens interprètent, évaluent et expriment ces émotions dans la vie quotidienne.
Comment les émotions se manifestent : corps, esprit et comportement
Une émotion n’est pas seulement un sentiment ; c’est une expérience qui touche tout le corps. Les psychologues distinguent généralement trois composantes de l’émotion :
- Réactions physiologiques : les émotions déclenchent des changements immédiats dans la physiologie de notre corps (activité du système nerveux autonome, hormones, etc.). Par exemple, le rythme cardiaque et la tension artérielle peuvent augmenter en cas de colère ou de peur, sous l’effet de l’adrénaline et de la réaction de « combat ou fuite ». La peur peut provoquer des papillons dans le ventre, des palpitations cardiaques et de la transpiration, mobilisant ainsi l’énergie nécessaire à la fuite. La colère provoque souvent une tension musculaire, un rougissement du visage et un afflux de sang vers les mains (en préparation au combat). La tristesse peut avoir l’effet inverse sur l’excitation, avec un manque d’énergie ou des larmes. La joie ou le bonheur peuvent entraîner une libération de dopamine et d’endorphines, conduisant à une sensation de chaleur et de détente ou à une excitation énergique. Même les émotions subtiles ont des corrélats corporels : l’anxiété peut provoquer des tremblements, le dégoût peut déclencher des nausées ou un réflexe nauséeux, etc.
- Expérience psychologique subjective : il s’agit de la dimension « sensationnelle » de l’émotion, c’est-à-dire la manière dont elle est vécue dans l’esprit. Chaque émotion fondamentale possède une saveur subjective reconnaissable : la colère est ressentie comme « brûlante » et tendue, la peur comme inquiétante, la tristesse comme pesante et épuisante, la joie comme légère ou euphorique. Ces sensations sont influencées par l’évaluation (notre interprétation de la situation). Par exemple, deux personnes peuvent être confrontées à un examen surprise et réagir différemment : l’une se sent anxieuse (c’est une menace), l’autre enthousiaste (c’est un défi). Les émotions complexes comme la fierté ou la culpabilité impliquent également des évaluations cognitives de plus haut niveau (par exemple, des normes personnelles ou le contexte social). En fin de compte, la composante subjective est ce que nous exprimons par « je suis en colère » ou « je suis heureux ».
- Expressions comportementales (et tendances à l'action) : les émotions se manifestent extérieurement par le biais de comportements expressifs (expressions faciales, changements vocaux, gestes, posture) et de tendances à l'action (pulsions à agir). La peur peut provoquer une envie de fuir, la colère incite à la confrontation, la tristesse peut pousser au repli sur soi ou à la recherche de réconfort, et la joie peut encourager l'approche et les liens sociaux. Ces changements comportementaux ont souvent des origines évolutives (la peur favorise la survie en incitant à la fuite ; la colère protège les ressources en affrontant les menaces). Les expressions émotionnelles remplissent également une fonction de communication sociale : un cri de peur alerte les autres d'un danger ; un sourire invite au contact social.
Ces trois aspects – la physiologie, la psychologie et le comportement – agissent de concert pour former une réponse intégrée chaque fois que nous éprouvons une émotion. Prenons l’exemple de la peur : si vous croisez un chien qui grogne, vous pouvez ressentir une vague intense de peur (sentiment subjectif de danger), votre corps peut se figer et votre rythme cardiaque s’accélérer (excitation physiologique), et vous pouvez vous retrouver à reculer (réaction comportementale). Tout cela peut se produire en quelques secondes, sans aucun effort conscient. Les émotions sont essentiellement des ensembles coordonnés de réactions qui nous aident à faire face à la situation du moment.
Il convient également de noter que les émotions sont généralement des épisodes brefs (de quelques secondes ou minutes) plutôt que des états d’esprit durables. Si un sentiment persiste pendant très longtemps, il serait plus juste de le qualifier d’état d’esprit ou de trouble. Mais lors de ces moments émotionnels, leurs effets sur le corps, l’esprit et le comportement peuvent être très puissants.
Conclusion
Les émotions constituent un aspect complexe et riche de la condition humaine. Les psychologues ont proposé diverses façons de les classer et de les expliquer, allant d’un petit ensemble d’émotions fondamentales que nous partageons tous à des modèles élaborés sous forme de roues ou de cartes dimensionnelles qui rendent compte des nuances des sentiments. Combien y a-t-il d’émotions ? La réponse dépend de la manière dont on définit le terme « émotion ».
Si l’on se concentre sur les catégories universelles, elles ne sont qu’au nombre de quelques-unes (allant des six ou sept d’Ekman aux huit de Plutchik). Si l’on tient compte de toutes les nuances et combinaisons subtiles, on peut en compter des dizaines et des dizaines. Ce qui reste constant d’un modèle à l’autre, c’est que certaines émotions fondamentales sont communes à tous et peuvent être reconnues à travers des expressions faciales et des réactions physiologiques similaires partout dans le monde.
Malgré les différences de culture, de langue ou de personnalité, un sourire de bonheur ou un cri de douleur sont des signaux universellement compris, qui témoignent de notre patrimoine émotionnel commun. En même temps, la vie émotionnelle de chacun est unique. La culture, l’éducation et le contexte façonnent la manière dont nous ressentons et exprimons nos émotions, ce qui se traduit par une grande diversité dans l’expression émotionnelle.
La compréhension de cadres théoriques tels que ceux d’Ekman, de Plutchik ou le modèle du circumplex peut nous aider à donner un sens à nos sentiments — en reconnaissant, par exemple, que la colère et la peur peuvent être différentes facettes d’un état de forte excitation, ou que ce que nous appelons « l’amour » peut être un mélange de joies et de confiance plus simples.
Concrètement, le fait de savoir que les émotions impliquent des réactions physiques, mentales et comportementales étroitement liées peut également nous donner les moyens d’agir. Nous pouvons utiliser les signaux corporels comme des indices de ce que nous ressentons, ou nous entraîner à modifier notre comportement afin d’influencer nos émotions (par exemple, en prenant de grandes respirations pour apaiser la peur).
Les émotions sont souvent éphémères, mais leur impact est profond : elles teintent nos souvenirs, guident nos décisions et nous relient aux autres. En prenant conscience à la fois de la nature universelle des émotions et de la manière dont elles s’expriment différemment chez chacun d’entre nous, nous parvenons à mieux nous comprendre nous-mêmes et à mieux comprendre les autres. Les émotions sont à la fois universelles et personnelles : elles relèvent de l’humain dans leur fondement biologique, mais leur manifestation et leur évolution au quotidien sont façonnées par notre expérience personnelle.
Références
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- Ekman, P., Friesen, W. Constantes interculturelles du visage et des émotions. Journal of Personality and Social Psychology, 1971 ; 17(2) : 124-129.
- Plutchik, R. Les émotions : faits, théories et un nouveau modèle. New York : Random House ; 1980.
- Russell, J.A. Un modèle circumplex de l'affect. Journal of Personality and Social Psychology, 1980 ; 39(6) : 1161-1178.
- Mehrabian, A. Cadre pour une description et une mesure exhaustives des états émotionnels. Monographies de psychologie génétique, sociale et générale, 1995 ; 121(3) : 339-361.
- Matsumoto, D. Les influences culturelles sur les méthodes de recherche et les statistiques. Belmont, Californie : Wadsworth ; 2002.
- Scherer, K.R. L'émotion en tant que processus à composantes multiples : un modèle et quelques données interculturelles. Review of Personality and Social Psychology, 1984 ; 5 : 37–63.
