Entretien avec Melinda Knuth : explorer les liens entre le comportement humain et l'horticulture grâce à iMotions

Melinda Knuth, professeure adjointe à l’Université d’État de Caroline du Nord, s’impose comme l’une des figures montantes de la recherche horticole, en particulier dans le domaine de niche que constitue l’étude du comportement humain face aux plantes. Son approche interdisciplinaire, associée à des recherches biométriques innovantes menées à l’aide de la technologie iMotions, a permis de nouvelles découvertes en horticulture tout en favorisant la collaboration, l’épanouissement des étudiants et les partenariats avec le secteur privé sur le campus. Dans cette interview, Melinda nous livre un aperçu de son parcours, de ses travaux de recherche et de la dynamique de son laboratoire de comportement cognitif à l’université d’État de Caroline du Nord.

Pourriez-vous nous expliquer votre domaine de recherche spécifique et comment vous y êtes parvenu ?

Mon parcours dans la recherche horticole trouve ses racines dans mon enfance passée dans le Dakota du Sud et dans mon expérience dans le domaine agricole. Au cours de mon doctorat, j’ai commencé à m’intéresser aux raisons qui poussent les gens à acheter des plantes et aux moyens d’améliorer leur satisfaction vis-à-vis de leurs achats. Cette curiosité m’a amenée à explorer le comportement humain, l’économie, la neurologie et le marketing, pour finalement me diriger vers l’étude des interactions entre les personnes et les plantes.

Expliquez-nous pourquoi vous avez souhaité créer un laboratoire de recherche sur l’être humain à l’université NC State et comment vous l’utilisez pour étudier l’horticulture. 

J’ai souhaité créer ce laboratoire afin de comprendre les mécanismes sous-jacents de la relation entre l’homme et les plantes, qu’ils soient d’ordre cognitif, financier, social ou environnemental. J’utilise ce laboratoire de différentes manières. Je m’en sers pour analyser la signalétique en magasin et les étiquettes des plantes afin d’identifier les mécanismes cognitifs permettant de réduire le stress grâce aux plantes, d’évaluer les parties des plantes que les consommateurs apprécient le plus, de cartographier la communication cognitive, ainsi que de comparer les intentions d’achat en ligne et en magasin.

Vous intéresse-t-il davantage de savoir comment les gens abordent l’achat de plantes ou comment ils interagissent avec les plantes dans leur environnement ?

Il s’agit d’une approche à deux volets. Je compte quatre doctorants dans mon laboratoire, et ils se répartissent à peu près à parts égales entre deux domaines de recherche. L’un porte sur l’exploration de la dimension socio-humaine, notamment l’hypothèse de la biophilie, selon laquelle les êtres humains auraient un désir inné d’être entourés de plantes. L’autre se concentre sur la dimension environnementale, plus précisément sur les comportements favorables au développement durable adoptés par les acteurs du secteur horticole.

Comment étudiez-vous ces domaines de recherche ?

Nous utilisons des techniques de recherche biométrique pour étudier les aspects neurologiques, émotionnels et sociaux des interactions entre l’homme et les plantes. À travers des expériences et l’analyse de données, nous cherchons à mettre en lumière les raisons qui sous-tendent les réactions des gens face aux plantes ainsi que leur comportement d’achat.

Selon vous, quelle direction prendront vos recherches au cours des dix ou vingt prochaines années ?

Mon objectif ultime est de contribuer à mieux comprendre pourquoi les plantes ont un effet bénéfique sur les êtres humains et comment nous pouvons mettre ces connaissances en pratique, notamment dans le cadre de jardins thérapeutiques, d’espaces verts et de l’utilisation fonctionnelle des plantes dans divers contextes. De plus, j’aspire à suivre les traces de mentors qui ont été les pionniers de la recherche en sciences comportementales horticoles, laissant ainsi une empreinte durable sur le secteur.

Votre parcours professionnel, du doctorat au poste de maître de conférences à la tête de votre propre laboratoire, est remarquable. Quel est votre secret ?

Cela passe en partie par une production scientifique abondante et la mise à profit de collaborations interdisciplinaires. Ma capacité à faire valoir l’impact potentiel de mes recherches, associée à la mise en place d’un environnement de laboratoire dynamique, a également joué un rôle déterminant dans l’évolution de ma carrière.

Comment interagissez-vous avec les étudiants dans votre laboratoire, et quels cours donnez-vous ?

En tant qu’enseignant et chercheur, j’accompagne des étudiants de tous niveaux, de la première année jusqu’au doctorat. Je favorise un environnement collaboratif au sein de mon laboratoire, où les étudiants acquièrent de précieuses compétences en recherche et contribuent à des publications. De plus, j’enseigne des cours dans le domaine des sciences horticoles et j’encadre des étudiants dans le cadre de projets de recherche indépendants.

Qu’est-ce qui attire les étudiants vers votre laboratoire et vos travaux de recherche ?

Les étudiants sont attirés par mon laboratoire pour plusieurs raisons, notamment le caractère captivant des recherches, la possibilité de travailler avec des technologies innovantes et l’ambiance positive qui y règne, axée sur l’épanouissement personnel et professionnel. Le fait de disposer d’un lieu agréable où se livrer à une réflexion approfondie séduit les étudiants.

Quelles opportunités la recherche en biométrie a-t-elle ouvertes aux étudiants sur le campus ? 

Les étudiants acquièrent un large éventail de compétences grâce à leur expérience en programmation, à l’utilisation de Qualtrics, au recrutement de participants, au traitement des données et à une expérience pratique de technologies innovantes. Ils apprennent également à adopter une réflexion critique sur les plantes, non seulement d’un point de vue de la production, mais aussi sous l’angle commercial et des ventes. Cela leur permet d’aborder un même sujet sous différents angles et d’élargir leur champ de vision.

Quels types de partenariats cette recherche a-t-elle permis de nouer ? 

Je travaille avec une serre commerciale, Metrolina Greenhouses, ainsi qu’avec d’autres entreprises du secteur horticole. Ils m’ont intégré à leur réseau et nous collaborons sur mes idées d’études de marché ainsi que sur les leurs. Les partenariats dans ce secteur sont essentiels à ma réussite. Merci, Metrolina !

À votre avis, à quoi ressemblera l’avenir de la recherche sur le comportement humain ?

Il est difficile de répondre à cette question. Nous commençons tout juste à nous familiariser avec la compréhension du comportement humain. Le sujet s’annonce vaste et passionnant, c’est le moins qu’on puisse dire. J’ai hâte de voir ce que mon laboratoire et d’autres laboratoires ou chercheurs, comme le Laboratoire de recherche sur le comportement humain de Marco Palma à Texas A&M, découvriront dans les années à venir.