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L'importance du contexte local : comment la culture influence les décisions d'achat 

La culture influence profondément les décisions d’achat et façonne le comportement des consommateurs à travers des valeurs et des normes communes. Qu’il s’agisse de produits de luxe considérés comme des symboles de statut social ou de faux pas culturels dans les campagnes internationales, les spécialistes du marketing doivent savoir naviguer entre ces subtilités. En adaptant leurs stratégies au contexte local et en utilisant des outils tels que les biocapteurs, les marques peuvent éviter les écueils, respecter les traditions et répondre aux attentes culturelles diverses.

Ne serait-ce pas formidable si nous étions tous pareils ? Si tout le monde aimait les mêmes produits et si nos décisions d’achat étaient façonnées par des influences culturelles identiques ? Non, ce ne serait vraiment pas formidable, mais cela faciliterait grandement la vie des spécialistes du neuromarketing. 

L’un des principaux défis pour comprendre le comportement des consommateurs sur un marché mondialisé consiste à appréhender les subtilités de la culture. La culture est un réseau complexe de croyances, de valeurs, de comportements et de préjugés partagés, qui joue un rôle déterminant dans la manière dont les consommateurs perçoivent les produits et interagissent avec eux. Pour les spécialistes du neuromarketing et les entreprises, ce cadre culturel représente à la fois une formidable opportunité et un obstacle potentiel lorsqu’il s’agit d’évaluer avec précision les décisions d’achat d’un groupe démographique spécifique.

Culture

L’histoire regorge bien sûr d’anecdotes à la fois amusantes et édifiantes sur des lancements de produits qui ont échoué parce qu’on n’avait pas pris en compte le fait que le produit, et sa stratégie marketing, allaient être adaptés à un autre pays et à une autre culture. Des terribles erreurs de traduction qui ont anéanti les espoirs d’une boisson gazeuse en Chine aux lancements automobiles en Amérique du Sud qui ont fait un véritable « dérapage » – pour ainsi dire. C’est un véritable labyrinthe dans lequel je vous invite avec plaisir à vous plonger. 

Cependant, de telles erreurs ne sont pas inévitables. Le point commun entre ces lancements de produits ratés est qu’ils auraient pu être facilement évités. La principale erreur commise par ces équipes marketing a été de penser qu’un produit pouvait être lancé à l’échelle mondiale dans le cadre d’une campagne multilingue unique, alors que ce n’était manifestement pas le cas.  

Dans cet article, nous allons examiner pourquoi la culture est un sujet si délicat à appréhender pour un professionnel du marketing, et quels sont les éléments à prendre en compte avant de lancer un produit n’importe où dans le monde. 

Pourquoi la culture exerce-t-elle une influence si forte sur les achats ?

La culture joue un rôle crucial dans la définition de ce qui est considéré comme prestigieux ou désirable au sein d’une société. Les décisions d’achat reflètent souvent des aspirations à un statut social, motivées par des normes culturelles. Les consommateurs de différentes cultures recherchent fréquemment des produits de luxe, des marques de créateurs ou des technologies de pointe, non seulement pour leurs avantages fonctionnels, mais aussi en tant que symboles de statut social. Ce comportement, connu sous le nom de « consommation ostentatoire », a été décrit pour la première fois par Thorstein Veblen dans The Theory of the Leisure Class (1899), où les gens affichent leur richesse pour communiquer leur position sociale.

Les normes culturelles influencent fortement la perception du prestige associé à certains produits. Par exemple, dans les sociétés où la richesse matérielle est très valorisée, la possession d’articles de luxe, tels que des voitures haut de gamme ou des vêtements de marque, est considérée comme un signe de réussite. Ce sont souvent les attentes culturelles qui déterminent quels biens sont perçus comme des symboles de statut social, et qui façonnent ainsi les comportements d’achat.

Les produits revêtent souvent une signification symbolique qui dépasse leur simple utilité pratique. Comme l’explique Jean Baudrillard dans *Le Système des objets* (1996), de nombreux biens de consommation sont chargés d’une signification sociale et culturelle. Par exemple, une voiture de luxe ou des vêtements de créateur peuvent symboliser le pouvoir, la richesse ou le prestige social. Cette « consommation symbolique » permet aux individus d’afficher leur appartenance à une classe ou à un groupe particulier.

Dans de nombreuses cultures, le fait d’arborer de l’or est un signe de statut social et de prospérité, tandis que dans d’autres, cela est considéré comme une extravagance.

Les contextes culturels influencent également la manière dont la consommation ostentatoire s’exprime. Dans certaines sociétés, l’étalage ostentatoire de la richesse est valorisé, tandis que dans d’autres, c’est la modestie qui est privilégiée. Le concept de « capital culturel » de Pierre Bourdieu, développé dans *La distinction : une critique sociale du jugement de goût* (1984), montre comment les individus recourent à la consommation pour s’inscrire dans les distinctions sociales et s’aligner sur les normes culturelles.

10 conseils pour éviter les erreurs culturelles en marketing

Pour éviter de tomber dans des pièges culturels lors de la commercialisation d’un produit dans un contexte culturel spécifique, les spécialistes du marketing peuvent prendre plusieurs mesures clés afin de s’assurer que leurs stratégies trouvent un écho auprès du public cible, tout en évitant les malentendus ou les perceptions négatives. Voici ce qu’ils peuvent faire :

1. Mener une étude culturelle approfondie

Les professionnels du marketing devraient consacrer du temps à comprendre les nuances culturelles, les valeurs, les traditions et les normes sociales du marché cible. Cela implique notamment de se renseigner sur la langue, la religion, les coutumes et les tabous susceptibles d’influencer la façon dont un produit est perçu. Une analyse culturelle approfondie peut mettre en lumière des sensibilités liées à certains symboles, couleurs ou messages qui, sans cela, pourraient passer inaperçus.

  • Exemple : dans de nombreuses cultures du Moyen-Orient, certains gestes de la main et certaines couleurs ont des connotations bien précises. Ce qui peut sembler anodin dans une culture peut être perçu comme offensant ou mal interprété dans une autre.

2. Localisez, ne vous contentez pas de traduire

Les messages marketing doivent être localisés plutôt que simplement traduits. Les traductions littérales ne parviennent souvent pas à rendre les nuances d’une culture, ce qui peut entraîner des malentendus. Il est essentiel d’adapter le ton, le style et les références culturelles des publicités et des noms de produits afin de trouver un écho auprès du public local.

3. Faire appel à des experts locaux et à des conseillers culturels

Collaborer avec des experts culturels ou des consultants locaux peut aider à identifier les écueils potentiels et à s’assurer que les stratégies marketing sont en phase avec les valeurs locales. Ces experts peuvent apporter un éclairage sur la manière dont certains produits ou publicités pourraient être perçus par la population locale et aider à affiner les campagnes afin d’éviter tout faux pas culturel.

4. Mettre en place des formations interculturelles pour les équipes

Les équipes participant à la campagne marketing devraient suivre une formation interculturelle afin de comprendre les principales caractéristiques et les sensibilités potentielles de la culture cible. Cette formation peut contribuer à éviter les erreurs qui pourraient résulter d’un manque de sensibilisation culturelle.

  • Exemple : Coca-Cola organise des formations culturelles à l'intention de ses employés travaillant sur des campagnes internationales afin de leur permettre de mieux comprendre les valeurs, les pratiques religieuses et les normes sociales du marché.

5. Tester les campagnes auprès de groupes de discussion

Avant de lancer une campagne, il est judicieux de la tester auprès de groupes de discussion locaux afin de recueillir des retours sur la façon dont le message, les visuels et les produits sont perçus. Cela permet de vérifier concrètement si la campagne trouve un écho auprès du public ou si elle risque de le rebuter.

  • Exemple : Unilever a eu recours à des groupes de discussion en Inde afin de mieux comprendre comment les communautés rurales pouvaient percevoir les produits d'hygiène personnelle, s'assurant ainsi que la campagne soit adaptée à la culture locale et bien accueillie.

6. Soyez attentif à la symbolique culturelle

Soyez particulièrement attentif aux symboles, aux images et aux couleurs, car ils peuvent revêtir des significations différentes selon les cultures. Par exemple, certaines couleurs peuvent symboliser la fête dans une culture, mais le deuil dans une autre. En utilisant des symboles adaptés à la culture locale, vous vous assurez que le produit ou le message n’offense pas ou n’induit pas en erreur les consommateurs par inadvertance.

  • Exemple : en Chine, le blanc est traditionnellement associé au deuil ; les spécialistes du marketing évitent donc d'utiliser cette couleur pour les promotions liées à des événements festifs ou de célébration.

7. Respectez les traditions et les valeurs locales

Les professionnels du marketing doivent veiller à ce que leurs campagnes respectent les coutumes, les pratiques religieuses et les valeurs locales. Un manque de sensibilité à ces aspects peut susciter des réactions négatives, même si l’intention était inoffensive. Comprendre les traditions locales et adapter les stratégies marketing en conséquence permet de renforcer la confiance envers la marque.

  • Exemple : Dans les pays à majorité musulmane, les chaînes de restauration rapide comme McDonald's proposent des plats certifiés halal afin de respecter les règles alimentaires locales, garantissant ainsi que leurs produits sont culturellement acceptables.
Souvenirs au marché de la place Jamaa el Fna, dans l’ancienne médina de Marrakech, au Maroc

8. Évitez les stéréotypes

Les professionnels du marketing devraient éviter les stéréotypes culturels, qui risquent d’aliéner ou d’offenser le public cible. Ils devraient plutôt s’attacher à présenter une image authentique de la culture, en mettant en avant les aspects positifs et la diversité qui trouvent un écho auprès de la population locale.

9. Soyez prêt à vous adapter

La flexibilité est essentielle dans le marketing international. Les professionnels du marketing doivent être prêts à adapter leurs stratégies en fonction des retours d’expérience et de l’évolution des dynamiques culturelles. Les marchés changent et les préférences culturelles peuvent évoluer avec le temps ; il est donc important de faire preuve de souplesse.

10. Favoriser les partenariats locaux et les porte-parole 

La collaboration avec des personnalités locales ou des organisations peut conférer une légitimité culturelle à la campagne marketing. Ces partenaires ont souvent une meilleure connaissance du public et peuvent aider la marque à s’adapter efficacement aux subtilités culturelles.

Tirer parti des biocapteurs pour éviter les écueils culturels dans le marketing

La règle d’or pour gérer les différences culturelles sur de nouveaux marchés est de toujours (toujours) effectuer des tests auprès du public cible. Si vous vous adressez au marché italien, ne vous fiez pas aux données recueillies en Espagne, etc. Bien que cela puisse sembler une tâche ardue, un moyen infaillible d’alléger l’effort de collecte de données et d’obtenir des informations plus approfondies consiste à utiliser des biocapteurs lors de la phase de tests auprès des consommateurs de votre plan de lancement. Les biocapteurs offrent aux spécialistes du marketing des informations précieuses sur les nuances culturelles en mesurant les réactions physiologiques et émotionnelles des consommateurs face aux campagnes marketing. Ces outils – tels que l’oculométrie, la réponse galvanique de la peau (GSR), l’EEG et l’analyse des expressions faciales – fournissent des données objectives en temps réel, aidant ainsi les spécialistes du marketing à affiner leurs stratégies pour éviter les écueils culturels (McDuff et al., 2015 ; Ravaja, 2004).

Les biocapteurs peuvent enrichir la recherche culturelle en révélant comment les consommateurs issus de différentes cultures réagissent à des symboles, des couleurs et des images spécifiques. Ils aident également les spécialistes du marketing à évaluer l’impact émotionnel d’un contenu localisé, afin de s’assurer qu’il trouve un écho auprès du public cible (Lewinski et al., 2014). En combinant les données issues des biocapteurs avec les analyses des consultants en culture, les spécialistes du marketing peuvent mieux comprendre comment les consommateurs réagissent à un niveau subconscient (Cowley et al., 2016).

Dans les groupes de discussion, les biocapteurs permettent de contourner le biais de désirabilité sociale, en captant des réactions émotionnelles cachées que les méthodes traditionnelles pourraient ne pas détecter (Mauss & Robinson, 2009). Ils permettent également de déterminer si certains symboles culturels suscitent un malaise ou une confusion, ce qui permet aux spécialistes du marketing d’adapter leurs campagnes en conséquence (Kivikangas et al., 2011). De plus, les biocapteurs aident à évaluer dans quelle mesure les campagnes respectent les traditions et les valeurs locales en mesurant l’engagement émotionnel positif ou négatif.

Grâce aux biocapteurs, les spécialistes du marketing peuvent éviter les stéréotypes, adapter leurs campagnes en fonction des retours en temps réel et évaluer l’efficacité des influenceurs locaux dans leur capacité à établir un lien avec leur public (McDuff et al., 2015). Ces données biométriques permettent aux marques de faire preuve d’agilité et de sensibilité culturelle, en élaborant des stratégies marketing qui répondent aux attentes des consommateurs et aux normes culturelles. Dans l’ensemble, les biocapteurs constituent un outil puissant pour affiner les campagnes et garantir leur pertinence culturelle sur des marchés diversifiés.


Références

  • Veblen, T. (1899). La théorie de la classe de loisir. Macmillan.
  • Baudrillard, J. (1996). Le Système des objets. Verso.
  • Bourdieu, P. (1984). La distinction : une critique sociale du jugement de goût. Harvard University Press.
  • Cowley, B., Kivikangas, J. M., Järvelä, S., & Ekman, I. (2016). Électrophysiologie des émotions et de la motivation dans les tests d'ergonomie. Journal of Ambient Intelligence and Smart Environments, 8(4), 405-421. https://doi.org/10.3233/AIS-160394
  • Kivikangas, J. M., Chanel, G., Cowley, B., Järvelä, S., Ekman, I., Salminen, M., & Ravaja, N. (2011). Une revue de l'utilisation des méthodes psychophysiologiques dans la recherche sur les jeux. Journal of Gaming & Virtual Worlds, 3(3), 181-199. https://doi.org/10.1386/jgvw.3.3.181_1
  • Lewinski, P., Fransen, M. L., & Tan, E. S. (2014). Prédire l'efficacité publicitaire à partir des expressions faciales en réponse à des stimuli persuasifs amusants. Journal of Neuroscience, Psychology, and Economics, 7(1), 1–14. https://doi.org/10.1037/npe0000012
  • Mauss, I. B., & Robinson, M. D. (2009). Mesures des émotions : une revue. Cognitive Science, 23(2), 209-237. https://doi.org/10.1111/j.1467-8721.2009.01555.x
  • McDuff, D., El Kaliouby, R., Cohn, J. F., & Picard, R. W. (2015). Prédire l'appréciation d'une publicité et l'intention d'achat : analyse à grande échelle des réactions faciales aux publicités. IEEE Transactions on Affective Computing, 6(3), 223-235. https://doi.org/10.1109/TAFFC.2015.2396537
  • Ravaja, N. (2004). Contributions de la psychophysiologie à la recherche sur les médias : revue et recommandations. Media Psychology, 6(2), 193-235. https://doi.org/10.1207/s1532785xmep0602_4
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